partir ?

La lumière de ce jour brumeux m'a réconfortée. Après un an, j'ai revu n. avec qui j'ai parlé un peu de cette formidable envie qui me prend parfois de retourner vivre à Montréal. Le revoir, lui. Être proche de ceux que j'aime et pas à quatre heures de route pour aller souper. Elle dit « j'avais oublié à quel point cette maison était belle ». Elle n'essaie pas de me convaincre de partir ou de rester. Elle écoute comme on lit, avec les yeux et le coeur.

Ma première année seule à la campagne, je l'ai passée à m'installer, et à presque tout rénover. Réparer, meubler, décorer. Et puis tenter l'adaptation au rythme des saisons, aux gens de la région, les rencontres, les potagers. J'ai eu à faire. Plein les bras.

Maintenant que c'est presque parfait, j'ai le décor et l'environnement idéal pour travailler, écrire. Ne faire que ça. Il faudra bien sûr entretenir et faire inspecter le toit et les fondations l'an prochain, repeindre certains murs décrépits. Rénover la remise dedans et dehors. Y aménager un petit sauna (rêve).

Dès que je ne suis pas contente de mon travail, que mon écriture ne progresse pas aussi vite et bien que je le voudrais, je jongle avec l'idée de partir.Tout vendre, mettre quelques affaires dans un sac à dos et prendre le premier avion, faire le tour du monde. Ne pas écrire ce roman un peu chaque jour me donne la bougeotte. En passer quatre ou cinq sans toucher au manuscrit devient insupportable. Je me dis qu'est-ce que je fais ici si je n'écris pas ? Un jour je le ferai ce tour du monde. Mais pas maintenant, je ne suis pas prête.

Quand à retourner vivre à Montréal, j'y ai pensé. Je ne peux pas dire que j'aurais de la peine de partir d'ici ni que j'ai peur de l'avenir ici ou là-bas. Je ne me vois pas vivre là ni même ici. C'est comme si je me tenais debout devant rien. Une fois intégrée l'idée de vivre avec la peur, accepté le cauchemar de ne plus jamais dormir les nuits avec un homme, je me détache de tout. Il faut juste décider de vivre quelque part.

Serait-il posssible d'aller nulle part, d'habiter nulle part. N'avoir aucune responsabilité, ne pas posséder ni louer de maison ou d'appartement ? On peut. Mais ça c'est l'itinérance et ça ne me tente vraiment pas. Mais je n'ai pas non plus besoin de racines.

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