encore la peur

Rien ne va plus. Encore la peur. Tannée de me réveiller en sursaut la nuit avec la peur au ventre parce que j'ai rêvé que quelqu'un frappe à la porte avec insistance ou que j'entends un gros boum dans la maison. Sans savoir si ce sont des vrais sons ou du rêve, et tremblante de peur. C'est toutes les nuits maintenant. Sans personne pour me rassurer. Je me suis couchée en pleurant, gros sanglots.

Durant la journée je suis épuisée et je me traîne. Je laisse le feu s'éteindre et j'ai froid. Je ne me sens pas bien du tout. Je farfouille dans le web à chercher des solutions anti-spam car les emails dégueux ont pris mon serveur d'assaut [pas mon fournisseur internet, non, le serveur qui héberge le journal]. Il y a bien un mail scanner mais j'ai l'impression qu'il ne fait plus son travail, il laisse tout passer. Et en plus, le spam ressemble maintenant à du vrai courrier : des noms qui ont l'air vrais, des prénoms de personnes qui m'ont déjà écrit, des sujets avec des mots qui viennent du journal, alors je les ouvre et puis merde. Je perds un temps fou et ne trouve rien. Il faut que j'enlève les liens avec mailto, car même si je les avais « encryptés », les robots de tout acabit ont trouvé le moyen de décoder les scripts compliqués. Et puis ils se sont emparés du formulaire que j'avais mis sur Les carnets rouges pour envoyer des mails avec et ça me revient comme des boomerangs. J'ai dû enlever ce vieux formulaire. Il reste des tas de liens à enlever sur toutes les pages d'avant, une par une bien souvent.

Et puis je suis encore irritée, dérangée, à cause de mon lundi moche. Je tolère de moins en moins la bêtise humaine sous toutes ses formes. Et j'ai choisi de me taire. De vivre dans ma bulle. La bulle va bientôt éclater. Fera pas beau.

En ce moment je suis habitée par la peur et ce n'est pas pour rien. La nuit dernière après le cauchemar je ne me suis pas rendormie et j'ai fait l'effort d'y réfléchir jusqu'au matin. Je découvre que si la peur me saute dessus durant mon sommeil, c'est peut-être parce que je me refuse à lui faire face durant le jour, consciemment.

Pourtant je n'arrête pas de penser et de dire, et je l'ai écrit souvent dans ce journal, que je préfère vivre avec la peur plutôt que d'essayer de la combattre. Je n'étais pas d'accord avec ceux qui croient que la peur est une émotion inutile. Je me suis déjà brouillée avec une lectrice à cause de ça. Une québécoise qui vivait en Afrique. Elle m'avait écrit qu'il ne fallait avoir peur de rien ni de personne, qu'il fallait se croire plus fort que tout et capable de faire face à la peur et de crier haut et fort que personne n'aurait notre peau [ce n'était pas dit exactement dans ces mots-là]. J'avais écrit sur ça dans le journal et elle était furieuse me traitant pratiquement d'opportuniste parce que selon elle je réagissais publiquement à nos échanges, jamais je n'avais écrit son nom et des renseignements sur elle comme aujourd'hui. Je lui ai dit que j'écris ce que je veux dans mon journal et basta. Ça fait déjà cinq ans de ça. Je me demande si elle crie encore haut et fort qu'elle n'a peur de rien. Et si vraiment elle arrive à n'avoir peur de rien. Parler ou écrire sa peur ne fait pas de soi quelqu'un de très populaire. Écrire sa peur fait fuir. Ça dérange. Je disais que la peur est un bon réflexe qui nous avertit d'un danger et que c'est le signe qu'on est bien vivant et tout et donc j'avais échafaudé un tas de théories. Théories bidon.

Je n'ai plus d'opinion là-dessus. Ni sur rien. Je ne pense plus rien au sujet de rien. Parce que la pensée change tout le temps du moment qu'on ne se retrouve jamais au même endroit dans ce qu'on vit. Je ne pense rien. Il n'y a pas de justice. C'est tout.

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