J'aime infiniment les jours comme aujourd'hui quand je me réveille avec la tête pleine d'images, quand je crois voir ce qui va arriver dans l'histoire que j'écris, quand ces images concernent les personnages de mon roman qui ont continué leur vie pendant que je dormais. Je dis « histoire » mais il ne faudrait pas croire que ce roman-là ne sera qu'une histoire.

Je préfère quand je reçois les images, c'est plus facile d'écrire ces matins-là. Quand au lieu d'images et de scènes il me vient des mots et des phrases toutes faites, je sors du lit toute tendue et inquiète en les répétant, avec la peur de tout oublier, et la plupart du temps j'oublie. Et quand je prends un crayon et un papier et que je trace les mots, tout cela brille beaucoup moins, et la magie de ce qui paraissait être trouvaille du siècle s'envole doucement. En général il n'en reste pas grand chose d'autre qu'une petite fumée.

Par contre, avec les images, je peux me rendre beaucoup plus loin, j'ai l'impression qu'elles s'attachent à moi. En tout cas elles doivent me faire impression et tout se passe comme si elles me suivaient durant la journée ; et avec elles je me sens en confiance et je peux prendre mon temps pour aller marcher dehors et manger un peu avant de m'installer à ma table et me mettre au travail : je choisis les mots et le ton pour « traduire », donner une forme matérielle [?] à ce que j'ai « vu », exprimer ce qui s'en dégage, ou ce que j'en pense.

J'aime les images nées de la nuit, elles ont l'air vivantes. Je sais qu'elles dépendent un peu de ce que j'ai fait la veille, des endroits où je me suis rendue, des personnes avec qui j'ai parlé, de ce que j'ai lu, appris, découvert, donné et reçu, des mondes que j'ai traversés sur la pointe des pieds pour ne pas les déranger.

Avant de m'endormir hier soir j'ai fini mon petit livre de Dumas. Quatre contes pas très longs à lire. Un par soir. Mais le document d'accompagnement regorge d'analyses et de commentaires fort intéressants, je n'ai pas encore fini d'en faire le tour.