Voilà qu'ils se sont encore amusés à changer l'heure la nuit dernière si bien qu'au matin, pas une seule des horloges de la maison n'était à l'heure.

Il fait par ici un froid de loup et un vent à écorner les boeufs sinon à ne pas mettre un chien [serait-ce un chat ?] dehors. J'aime bien ces petites expressions toutes faites qui nous reviennent en mémoire parfois toutes déformées par le temps et le mésusage. C'est-tu un mot ça, « mésusage » ? Comment savoir sans chercher ? Et non je ne chercherai pas ce dimanche. Je fais la grève. Pas envie de chercher.

N'empêche qu'avec ces vents qui soufflent fort et de tous les bords en même temps, je commence à craindre que le toit parte au vent. J'avais un beau petit tapis violet sur la galerie, il est devenu violent et puis il s'est envolé durant la nuit. Une maison d'oiseau qui était sur la table du jardin en attendant que je l'accroche dans un arbre est rendue sous la table. Les chaises en bois sur la terrasse se sont couchées sur le dos, pattes en l'air. Et puis pourrait-on m'expliquer pourquoi il a neigé partout hier sauf ici ?

Je peux voir la neige sur les montagnes de Charlevoix. Il a neigé sur Charlevoix les chanceux, et c'est en face d'ici, de l'autre côté du fleuve. On dit même qu'ils ont eu de la belle neige toute blanche dans les Cantons de l'Est, à Saint-Tite-des-Caps, à Saint-Jean-des-Piles, en Abitibi et jusque dans la Réserve faunique des Laurentides [à moins que ce ne soit Lanaudière]. Bref, partout. Pas ici. Snif. Petite neige, pourquoi me boudes-tu ? De quoi te plains-tu ? Qu'est-ce que je t'ai fait ?

J'ai allumé le feu après avoir mis au four un gâteau au chocolat, oubliant que c'était l'heure de partir au ciné-club. Il n'y a qu'un bon vieux film par mois et il faut toujours que je le rate pour une raison tout à fait triviale. Enfin, j'aurai toujours le gâteau pour me consoler. Il sent bon en plus, cette fois je l'ai réussi, pas brûlé du tout et bien fondant au milieu.

La petite poule est revenue ce matin. Ça fait trois jour qu'elle se promène par ici. Avant elles étaient deux, très belles avec des colliers de plumes sur les pattes et autour du cou. Des poules d'une race spéciale que je ne connais pas. Normal, je ne connais rien aux poules. Et le sujet poule ne m'intéresse pas beaucoup. J'ai essayé de la photographier, pas moyen. Dès qu'elle m'aperçoit à la fenêtre, avec l'appareil, elle se sauve à toutes jambes direction poulailler du troisième voisin côté sud qui laisse ses quelques poules en liberté, je me demande bien pourquoi. On m'a raconté qu'il aurait dit à quelqu'un du voisinage : les poules, si elles se rendent jusque chez vous et que vous pouvez les attraper, gardez-les. Si je n'ai rien dans les mains, la poule grise qui vient depuis trois jours de suite je l'ai déjà dit continue à picorer et à se promener ici et là sans se presser en avançant le cou à chaque pas. Je n'essaierai pas d'attraper la poule, juste la photographier me plairait bien. Et puis aussi, si elle daignait me pondre un oeuf de temps en temps, ça serait bien gentil de sa part.

Il se passe des choses étranges, madame chose. Les heures changent de place, les vents sont glacés et emportent tout sur leur passage, peut-être même mon toit. Les chaises de jardin culbutent et font la roue. Les maisons d'oiseaux se planquent sous les tables. Les tapis s'envolent. Qui c'est qui m'a volé mon tapis volant violet violent ? Pire, la neige me boude et refuse de tomber ; et les poules en liberté ne veulent même pas me pondre leurs oeufs et encore moins poser pour mes rhapsodies. Quelle vie de chien.