rhapsodies

Voilà le titre ou sous-titre du volume 7 de ce Journal qui ne se meurt pas même si je n'écris plus très souvent dedans : « rhapsodies ». L'idée m'est venue hier, c'était le jeudi 26 octobre, en écoutant Dompierre à la radio. Il parlait musique et je n'écoutais que d'une oreille, je bidouillais ma feuille de styles [css] et je songeais joyeusement à l'écriture débridée de Diderot dans Jacques le fataliste que je considérerai toujours comme une des plus belles rhapsodies qui puissent s'écrire. Le livre le plus moderne et avant-gardiste qui soit sur le plan littéraire même s'il a été écrit il y a déjà pas mal d'années. Je n'essaierais même pas de l'imiter et si je voulais le faire, je ne crois pas que j'y arriverais sans sombrer dans la caricature. Mais on peut partir d'un livre et l'insérer dans un autre, ainsi, dans Jacques, il y a le Tristram Shandy, de Sterne, avec lequel d'autres écrivains se sont bien amusés eux aussi. Depuis deux semaines, je lis Les Amours interdites, de Mishima [Kinjiki, en japonais].

Pour en revenir à mes « rhapsodies », je n'ai pas d'autres explications à fournir puisque le choix est intuitif. Reste à voir s'il tiendra la route. L'avenir le dira.

Question esthétique, je n'avais pas jugé utile de refaire la décoration, la présentation de ce nouveau cahier, et j'avais tort. Voilà qui s'est arrangé hier. J'ai eu l'idée de cette colonne noire à droite de la page blanche avec des mots écrits en blanc et en gros caractères pour ce qu'on appelle le « menu », des mots beaucoup plus gros que ceux que j'ai trouvés en fait. Mais ça ira comme ça.

J'avais donc tort de ne pas me préoccuper de la présentation. Mais pas tout à fait et il y a une bonne raison à cela. Le nouveau cahier est resté un peu vide et je n'y ai pas écrit beaucoup – seulement cinq billets en octobre – parce que je ne voyais pas sa forme apparaître. J'ai besoin de ça. Une forme que je choisis.

Un cahier ou un livre c'est un peu comme le corps. C'est un contenant qui enveloppe son contenu et toutes ces choses qui font qu'il est soi et pas un autre. Que je suis moi et pas une autre. Il y a ce corps. Je n'allais pas très bien à cause de mon cher dos, je travaille trop. La douleur est partie comme elle est venue, sans docteur et sans médicaments.

Pour le reste, au quotidien, j'essayais de me donner une discipline, j'étais bien contente de me coucher tôt et de me lever tôt et puis un bon jour, woup, je suis montée me coucher à deux heures et j'ai traversé la nuit debout, écouté de la musique, et j'ai lu, écrit mon journal papier jusqu'à quatre ou cinq heures du matin. Le lendemain j'ai fait pareil. Et je me lève et c'est l'après-midi. Il fait soleil et j'ai raté le matin. Et pourquoi pas. Je n'avais pas de train à prendre, pas envie d'une petite vie lisse et plate, toute bien ordonnée. Pas envie de bouffer des pilules pour lutter contre l'angoisse et la peur. L'angoisse et la peur sont le signe que je suis vivante. L'ombre de la mort aussi. Dorénavant j'écrirai dans mes rhapsodies au moins une petite page par jour.

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