L'automne s'avance tranquillement vers l'hiver. J'ai bien cru que la première neige arrivait cette nuit. Quand je me suis couchée, il pleuvait et la pluie glacée martelait le toit de tôle noire au-dessus de ma tête. Ces jours-ci je me couche assez tôt, entre dix et onze heures et je me lève avant huit heures du matin. Et je travaille beaucoup, parfois torturée par le doute, parfois confiante mais je perds beaucoup de temps à me laisser dériver ailleurs. C'est un peu beaucoup pour ça que je néglige ce journal. Je suis allée passer quelques journées douces à Montréal. Je me suis sentie bien et à l'aise, comme chez-moi dans cette ville. Une fois de retour ici, je ne sors plus autrement que pour faire mes courses et de longues randonnées quotidiennes à pied le long du fleuve comme pour me faire promener au bout de sa laisse par le chien que je n'ai pas.

La pluie, donc. Ça fait un bruit qui pourrait m'agresser, me déranger ou m'empêcher de dormir, mais cela produit l'effet contraire. Les bruits répétitifs finissent par me bercer et me faire glisser dans le sommeil en repoussant les peurs et les angoisses loin dans le noir des rêves. La pluie sur le toit, nuit après nuit, c'est un peu comme recommencer à dormir avec un homme qui ronfle.

Quelque part au beau milieu de la nuit je me suis réveillée et le pianotement de l'eau avait été remplacé par un profond silence, comme une absence de la pluie qui demeurait en même temps très présente. Je me suis dit ça y est, il neige. J'ai songé oh mais comment se fait-il que j'aie pu oublier combien j'aime l'épaisse couverture silencieuse et lumineuse et blanche de la neige. Combien j'en ai besoin. J'étais contente et je me voyais me lever, prendre mon appareil photo et sortir nu-pieds dans mon kimono rouge et marcher jusqu'au milieu du champ derrière la maison et même me rendre jusque dans la forêt pour capturer les premières images flambant neuves de la première neige.

C'est comme ça que je me suis rendormie et au matin il pleuvait toujours. Et comme je ne me suis pas levée durant la nuit, même pas pour regarder à la fenêtre, je ne saurai jamais si la première neige a neigé cette nuit et si oui j'aurai raté les premières images.