Le billet d'hier ?
Un fleuve, un coulis, un galimatia, du je ne sais pas quoi. Trop long et lent et lourd. Sans rythme. Décousu aux entournures. J'avais écrit une note pour me rappeler de le réviser, avec l'intention de corriger certaines formulations mal ficelées, une syntaxe d'enfant d'école, couper dans le gras et ne donner à lire que l'essentiel.

Fin de ruminations.
Et puis j'ai relu et apporté certaines précisions, éliminé quelques ellipses qui auraient pu nuire à la cohérence ou à la compréhension. J'y ai « vu » une parenté avec l'occupation favorite des vaches dans les champs de mon voisin qui ruminent à longueur de journées. J'ai ri. Je ne creuserai pas davantage dans la veine des confidences.

Les regrets, poubelle !
Ça ne sert à rien de revenir en arrière. L'énorme page vivra, telle qu'elle fut livrée, à lire comme un premier jet. Et à titre d'exemple. Pour bien me souvenir de ce que je ne veux pas voir dans mon journal. Les lecteurs de ce journal méritent mieux que des brouillons comme celui-là. Un brouillon drabe et imbuvable, indigne de la plus mauvaise soupe populaire, s'il en est.

Encore des choix :
Continuer de faire des choix en lien avec le détachement. Pour alléger encore plus le poids de toutes ces choses que je porte et transporte inutilement. Oxygéner les mots du journal. Pulvériser les scories. Plus j'en écris, plus j'ai cette étrange sensation de me diluer comme si j'étais une goutte de gouache dans un verre d'eau.

Il n'y a qu'aujourd'hui...
Contraintes. Transformations. Métamorphose. Transfiguration. Une page de journal en ligne = une fiction que je donne à lire à un étranger. Éradiquer les épanchements stériles, les papitoiements, les mièvreries et la damnée sensiblerie liés au passé. Éviter d'écrire l'hier avec ses liens avec le présent et toute cette bastringue, ce qui semble, sur le coup, de la plus haute importance et qui finalement se révèle n'être que l'ultime pointe de l'iceberg.

Le plus important,
c'est ce que Léonard Cohen, que je cite de mémoire en espérant ne pas trop gauchir ou biaiser le sens de son propos, confiait récemment à un journaliste : ce qui est vraiment important, l'être humain ne le donne pas à des étrangers, mais il le garde pour soi. Et là-dessus, je ne suis pas différente de mes semblables.