12. la bonne année

En ce premier jour de l'année deux mille six, la première et seule chose que je ferai dans ce journal, très chers lecteurs, sera de vous souhaiter la Bonne Année. Poignée de mains, bras ouverts et accolades coeur à coeur, bisous doux sur les deux joues. Smac, smac. Si mon père était vivant je lui demanderais sa bénédiction, la croix sur le front alors ce matin je verse quelques larmes et un peu de morve sur le clavier en tapotant les lettres en cadence avec sept ou huit doigts. La bénédiction du père c'est important même si je ne crois plus ni en dieux ni en diables [un peu aux loups-garous, tout de même]. Alors je demanderais bien à la mère de me bénir. Morte elle aussi. Maman, ma petite maman, où êtes-vous, m'entendez-vous du fond de votre terre, couchée dans le lit de votre rivière ? Ceux qui me connaissent savent déjà que je ne crois pas beaucoup au pouvoir des résolutions. Je crois plutôt à l'affection, à la tendresse, et à l'amour. Et c'est avec amour, affection et tendresse que je veux continuer de déposer chaque jour pour vous [et pour moi aussi] des mots, qui les uns à la suite des autres s'étendent sur le fil de soie rouge de la création et s'élancent confiants dans le vent comme des vêtements sur une corde à linge. Tous mes Voeux, des Voeux bleu blanc jaune violet rouge parfumés à la lavande et au bois de santal, des Voeux frais comme le flocon de neige qui fond sur le bout de la langue, sonores comme les glou-lou-lou des geais bleus et le chich-a-di-di des petites mésanges, agiles et volatiles comme les chants des oiseaux sauvages, l'aigle qui glapit et trompette, l'alouette qui grisolle, tire-lire et turlutte, la bécasse qui croûle, la buse qui piaule, le butor qui butit, la caille qui carcaille et courcaille et margotte, le canard qui cancane, canquette, nasille, et la chouette qui chuinte, hioque, hole, hue, ulule, la cigogne qui craquette et glottore, la colombe qui roucoule, le coq qui chante, coqueline, coquerique, le coq de bruyère qui dodeldire, le corbeau qui coraille, croaille, croasse et graille, la corneille qui babille, corbine, craille, criaille et graille encore cachée dans mon vieil érable de la rue Hutchison, le coucou qui coucoue et coucoule, le cygne qui drense, drensite, siffle et trompette, le dindon qui glouglotte, glougloutte, et l'épervier qui glapit, piale, tiraille avec l'étourneau qui pisote et le faisan qui criaille, glapit et piaille, et la fauvette qui zinzinule, le geai qui cageole, cajacte, cajole, cocarde, frigulote, fringote et gajole, la gélinotte qui glousse, le goéland qui pleure et raille, la grue qui craque et glapit et trompette, l'hirondelle qui gazouille, la huppe qui pupule et pupute, le merle qui appelle, babille, flûte et siffle, la mésange qui zinzinule, la perdrix qui brourit, cacabe, glousse, pirouitte et rappelle, avec des Voeux enivrants comme un sixième verre de Veuve Clicquot à minuit et demie, sucrés comme le sirop d'une cerise au marasquin croquée au coeur d'un chocolat noir, doux comme la laine de mouton laridaine laridon dondaine. Et des Voeux pour de l'amour, du succès dans vos études, et la santé, et que la vie vous chérisse.

[Source du vocabulaire sur les cris et chants d'oiseaux : Ressources pour l'Éducation à l'Environnement]

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