Il ya eu Noël, il y aura bientôt le Nouvel An, les présents, les bilans, les résolutions et les bons voeux. À Noël, la maison était pleine de monde et de vie – ils sont repartis aujourd'hui les joues pleines de bons bisous. Et au Nouvel An je serai seule, ici ou ailleurs, mais cela n'a aucune importance, je serai bien là où le vent bienveillant voudra bien me prendre, me transporter et me bercer dans ses longs bras neigeux. Il y a eu le doux temps, et juste après une formidable tempête de neige. Entre les deux, tout un grand jour de soleil pour que je m'échappe entre douceurs et engelures, entre coeurs d'enfants, amours, souvenirs heureux, et saligauds. Entre les deux je creuse mon trou dans la neige et je m'y installe pour écrire avec des mains usées lovées dans mes longs gants noirs avec le bout des doigts coupés, et une plume gelée qui court sur une page que je rêve encore blanche et vierge en laine du pays depuis longtemps foulée déteinte et carbonisée par les défaites et le démembrement. La capitulation. La fêlure. La colonisation. La rupture. La domination. L'abandon. La trahison. La déception. Avant, bien avant ma maison blanche de fleuve et de montagne, je me suis endormie le soir en pleurant les illusions perdues envolées en mille milliards de poussières d'étoiles, je me réveillais souvent la nuit en criant de peur avec la chienne de l'angoisse agrippée dans mon cou mais depuis que je vis ici, je croyais l'horrible histoire terminée sinon morte de sa belle mort. Erreur. Je devrai veiller jalousement à ce qu'elle ne recommence pas. Il me faut de toute urgence m'éloigner du grand tourbillon vide de sens et apprendre à écrire tout ce qui me fait mal et qui me trouble parce que cette vie n'arrête pas de me blesser au coeur jour après jour après jour et je n'en peux plus et les mots les plus difficiles et durs je dois les sortir comme les autres et les donner au monde, qui je le sais n'en a rien à foutre de moi lorsque je me sens incapable de digérer les immondices putrides, les gens qui s'approchent gentils et qui essaient d'enfirouaper, séducteurs, et que je rencontre le lendemain et qui font semblant de ne pas me voir et moi sidérée incrédule je passe mon chemin trop timide et dégoutée pour jouer le jeu et lancer un bonjour qui sonnerait faux et m'empêcherait de prendre mes jambes à mon cou et tourner le dos à cette merde ambulante. Cet après-midi, après avoir été chez le vétérinaire [un ange] pour le rappel de vaccin de « ma » Lubie, j'ai fait des courses au supermarché et c'est là que je l'ai retrouvé, tapi dans un coin comme une vlimeuse charogne de bête à cent cornes, le mauvais côté des choses accompagné d'une formidable envie de vomir [mais pas pour longtemps], parce que dorénavant je ne ferai plus le moindre effort pour établir ne serait-ce que l'ombre d'un contact avec les êtres humains qui ne se comportent pas mieux que des chiens et sur lesquels je me permettrai de vomir encore un petit coup [et forever, tabarnak] avant d'aller dormir en paix.