22. spleen

Extrait de Héloïse et Abélard, toujours vers la fin :

Alors la laiterie céleste s'exalte. La nausée lui vient. Sa chair en lui tourne son limon plein d'écailles, il se sent les poils durs, le ventre barré, il sent sa queue qui devient liquide. La nuit se dresse semée d'aiguilles et voici que d'un coup de cisailles ILS lui extirpent sa virilité.

Et là-bas, Héloïse replie sa robe et se met toute nue. Son crâne est blanc et laiteux, ses seins louches, ses jambes grêles, ses dents font un bruit de papier. Elle est bête. Et voilà bien l'épouse d'Abélard le châtré.

[Antonin Artaud]

Chaque soir et chaque matin j'écris des pages et des pages de journal en ligne que j'efface. J'ai bien laissé aller un autre petit poème plutôt noir dans mes Carnets d'hiver. Je lis des livres que je choisis à la bibliothèque ou dans les petites librairies de quartier et c'est bon. Lire ça fait du bien. Et la musique aussi.

J'ouvre mes carnets et j'écris sur du papier. Au moins ça je pourrai le brûler quand je jugerai bon de le faire.

J'ai fait hier mijoter une grosse marmite de soupe : oignons, carottes, céleri, chou chinois, pois cassés, riz, fèves mung, maïs, orge, et tomate. Je n'en peux plus de vivre dans cette ville où plein de gens meurent de froid tous les jours et on ne fait rien pour eux. Les animateurs à la télé annoncent les pires catastrophes avec de grands sourires. Je ne l'allume plus. Tout me dégoûte. Je suis sur le bord de tout lâcher et de prendre la route du bas du fleuve avec un quarante onces de gin entre les cuisses, moi qui ne supporte pas l'alcool. Sauvage et sereine. Définitivement indifférente à tout le reste.

musique
de Giuseppe Verdi : Aida, pour rêver en couleurs. Malgré le froid.

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