femmeaufleuve

Je suis l'autre, je suis vous, le je d'un berceau vide, un gros roman avorté de neuf cent douze pages sans compter les belles pages l'introduction et l'épilogue, toute une histoire perdue dans le mauvais côté des choses, de la littérature en pure perte, quatre cent soixante-huit jours et treize heures sans baiser sans faire l'amour. Un talent littéraire dénaturé par vos bonnes oeuvres [oups, – je sens que je raconte là vos immondes menteries plus vraies que vraies], l'ennemie avec qui vous couchiez, l'icone vivante de votre puantissime ratitude, la forme de votre envie. Je suis vous, votre abonnée absente, celle qui ne répondait plus à vos lettres brodées de fiel mielleux, celle qui avait chaud, qui avait froid, celle qui selon vous écrivait des conneries et ennuyait ses lecteurs, celle qui vous a toujours emmerdé d'une façon excessivement douce parce que vos propos d'homme bourré étaient in-signifiants sinon violets violents et parce que je suis fragile, très fragile, la folle et la putain, la petite fêlée qui marchait sur un fil au-dessus de votre vide, la fleur de prunier rose brodée sur un kimono turquoise abandonné sur le bord de votre falaise avachie ; et je suis à la fois moi, forte et fière et passionnée de vie, courtisane de l'inachevé, je ne sais pas si je vous ai aimé ou pas. À la vérité je ne vous aime pas et je ne vous déteste pas non plus, je ne sais tout simplement pas quoi faire des substances toxiques de votre espèce car je n'aime que moi et le monde fou du coeur, et que je suis para siempre intransigeante, perfectionniste, urgente, patiente, impatiente, sans désir, le chas d'une aiguille à force d'impuissance, d'hésitation, mais tranchante, décourageante, véhémente et que je sais mentir comme l'incantation vivante d'une dent vorace, puisque j'écris. Et pourtant je ne dis rien d'autre que la vérité, cristalline, réfléchie, celle qui coule tout droit de la source et du roc des montagnes et des plus pures histoires que je vis ou ai vécues vraies. Un monstre qui, s'il devait jamais oublier sa Script et sa Lady A., ses Love & Writing Projects, ses [nouvelles] Épiphanies, ses [chutes de] Voyelles, son Journal avec ses tirets, parenthèses, et moult scories [& arf] serait totalement illisible. Si ce n'est déjà le cas. Bonne année.