Passé le dernier week end dans un état que je qualifierais de plutôt borderline. Hier soir la sinusite a pris congé, du moins pour la céphalée, les autres symptomes sont toujours là, mais j'arrive à vivre avec, je parle de ce liquide épais qui coule dans la gorge et une sensation d'engourdissement du visage. Il faut que j'évite le lait car on dit que ça épaissit le mucus, et je bois des tisanes et je touche du bois pour que la sinusite ne reprenne pas du poil de la bête après-midi ou cette nuit.

Je voulais me coucher tôt hier soir et voilà que je me suis mise à chercher dans le journal de Sylvia Plath, la version unabridged, j'avais le souvenir d'y avoir lu une description de l'état terrible dans lequel elle sombrait quand elle avait la sinusite, avec l'idée de la citer sur le sujet, mais je n'ai pas trouvé ce passage. Relu avec un plaisir neuf et meilleur que le premier une amusante et savoureuse histoire de décrottage du nez que j'ai choisi de recopier en échange. Avec l'envie furieuse de relever le défi de traduire, mais pas aujourd'hui, je crains de manquer de mots. Je suis désolée pour les lecteurs qui ne lisent pas l'anglais :

   As for minute joys : as I was saying : do you realize the illicit sensuous delight I get from picking my nose ? I always have, ever since I was a child – there are so many variations of sensation. A delicate, pointed-nailed fifth finger can catch under dry scabs and flakes of mucous in the nostril and draw them out to be looked at, crumbled between fingers, and flicked to the floor in minute crusts. Or a heavier, determined forefinger can reach and smear down-and-out the soft, resilient, elastic greenish-yellow smallish blobs of mucous, roll them round and jelly-like between thumb and forefinger, and spread them on the under surface of a desk or chair where they will harden into organic crusts. How many desk and chairs have I thus secretively befouled since childhood ? Or sometimes there will be blood mingled with the mucous : in dry brown scabs, or bright sudden wet red on the finger that scraped too rudely the nasal membranes. God, what a sexual satisfaction ! It is absorbing to look with new sudden eyes on the old worn habits : to see a sudden luxurious an pestilential "snot-green sea", and shiver with the shock of recognition.

[in The unabridged journals of Sylvia Plath, « July 1950 - July 1953 », January 25.

Qui n'a pas eu cette habitude ou n'est pas simplement occupé à faire en ce moment même tout en lisant ce qu'elle décrivait là ? Je me souviens d'un garçon que j'aimais observer [discrètement] à l'école : il mangeait, que dis-je, il dégustait après l'avoir bien examiné ce qu'il récoltait patiemment dans son nez et il avait l'air très très inspiré dans sa tâche ; sa manie me dégoûtait totalement, mais je ne pouvais pas m'empêcher de le regarder faire.

Madame Plath avait des crises de sinusite terribles, pires que les miennes si j'en crois son journal. La sinusite, ce n'est rien d'autre qu'une inflammation de la muqueuse tapissant les sinus du visage sauf que ça fait mal en chien méchant. Les sinus sont comme des petites cavernes creusées à même les os et elles communiquent avec les fosses nasales par des manières de tunnels, les pertuis, qui assurent le passage de l’air. Voilà pour le rafraîchissement sinon la mise à niveau anatomique et physiologique.

Je me suis amusée à consulter la météo de Météo Média : chez moi, vers 9h00 du matin, il faisait -5°C, et la température ressentie était de -13C. Les vents étaient du sud ouest et ils s'époumonnaient à souffler l'air froid à une vitesse de 28 km/h, avec des rafales de 37 km/h alors que l'humidité relative était de 93%. Mais le plus beau dans tout cela c'est que le point de rosée [question de savoir ce que c'est] atteignait les -6°C.