Le soleil se lève cerclé de brume. Elle sort. L'air glacé la traverse, elle trébuche, enlève ses longues bottes et marche nu-pieds. La neige est douce et chaude. Pourquoi ne lui avait-on jamais dit que la neige est douce et si tendrement brûlante ? Elle se lave les joues et les mains dans la neige, l'applique sur son front comme un baume. Elle regarde alentour si on l'entendrait parce qu'elle a envie de crier très fort. Personne que les batures à perte de vue. Elle est seule et elle crie devant le fleuve saint-laurent elle crie aooooaaaouuu et le fleuve s'avance vers elle et il la prend dans ses grands bras qui rient. Elle se roule dans les roches et les blocs de glace salis de vase, elle se lave en se souillant. Morte l'autre femme, morte de sa belle mort la pourriture qui en savait trop. Au bord d'épuisement, après s'être bien salie et lavée, une obsession s'allume en elle comme une flamme : la fleur d'amour qu'elle a perdue et qu'elle va retrouver ici, dans l'eau salée.