6. geneva

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Enfin les travaux importants de rénovation qui devaient être faits avant l'hiver ont été terminés cet avant-midi, incluant les petites surprises rencontrées en chemin.

Les deux plombiers ont travaillé fort ces trois derniers jours et les réparations « indispensables » ont été faites, quelle merveille : le cabinet de toilette ne laisse plus s'écouler des litres et des litres d'eau inutilement, toutes les pièces à l'intérieur du réservoir ont dû être changées. Le lave-vaisselle mobile a été décarcassé de sa cuirasse métallique et il est maintenant bien installé sous le comptoir de la cuisine, à sa place ; la tuyauterie sous l'évier a dû être modifiée [le drain du lave-vaisselle n'était pas au bon endroit et cela dégageait une mauvaise odeur d'égoûts, beurk]. La fournaise a été nettoyée, ses filtres changés pour des neufs, idem pour le stérilisateur d'eau qui a reçu une nouvelle lampe uv et un filtre propre [à surveiller car il y avait des dépôts importants de calcaire sur la gaine de quartz – j'en apprends tous les jours].

J'avais décidé de faire changer la cuve à mazout qui était rouillée, suintait un peu par en-dessous et donc risquait de se détériorer et de laisser fuir le mazout : aucun risque à prendre avec l'environnement. Depuis que je vis ici, j'attendais patiemment la venue des plombiers qui sont peu nombreux dans la région et donc débordés, ils ne font plus que les urgences, et donc je vivais dans la peur que le mazout ne s'écoule et contamine tout le sous-sol et par conséquent le sol en dessous, et puis il flottait dans l'air une légère et parfois insistante odeur de pétrole qui déplaisait fort à mon odorat hyper développé. Aujourd'hui, enfin, ça sent bon, l'air que l'on respire dans cette maison est propre. Mais ce travail a été le plus long et le plus difficile. Le mastodonte en métal de 250 gallons était rempli aux trois-quarts de combustible et ils ont dû le vider avec mille précautions dans un autre réservoir rond sur roulettes qu'ils avaient apporté le matin [avant-hier], ensuite ils l'ont enlevé de son socle et arraché les vieilles pièces de bois pourri sur lequel il reposait, ce qui a laissé deux trous dans la dalle de béton, ils ont sorti la cuve dehors et ensuite installé à sa place la nouvelle cuve, plus petite [200 gallons], ce qui n'a pas été facile car le vieux plancher en béton est inégal dans ce coin-là de la cave. Les deux hommes travaillaient presque en silence, le plus jeune obéissait dans la seconde aux ordres du plus vieux qui décidait de tout et avait tendance à parler tout seul. Si je n'avais pas posé de questions, je crois qu'ils ne m'auraient pas adressé la parole. Je passais de temps en temps les regarder travailler et m'informer sur le pourquoi et le comment des choses, c'est comme ça que j'ai entendu le vieux plombier parler tout seul, mais pas tout le temps, juste quand il semblait rencontrer quelque chose d'inattendu.

Surprise. J'étais là quand ils ont sorti de son trou la vieille cuve à mazout, et c'est comme ça que j'ai découvert une « antique » bouteille de genièvre [Geneva] verte avec des épaules rondes de la marque Beau Geste, du gin fabriqué au Québec avec une fleur de lys sur le devant et en bas c'est écrit 10 ozs [contenant de 10 onces] et au dos le mot Beau Geste, tout cela en relief sur le verre et dans un lettrage de police Far West, elle n'est peut-être pas très ancienne, mais je l'aime ma petite bouteille verte. J'ai imaginé le type attrapé en flagrant délit de biberonnage planquer la dive bouteille derrière l'ancienne cuve lors de son installation il y a plus de 25 ans, on ne sait pas au juste depuis quand elle était là. J'ai ramassé la bouteille et j'ai tout de suite imaginé son histoire, comme si elle était magique, j'ai songé à la personne qui l'a tenue dans sa main, à la bouche qui a bu au goulot large et qui avait soif, à l'ivresse, peut-être. J'ai gardé la jolie bouteille toute la journée intacte, telle que je l'ai trouvée et le soir je l'ai bien lavée parce qu'elle était à moitié enfouie au pied du vieux mur de pierres et pleine de terre, de gravats et de fils d'araignées. Il y avait aussi beaucoup d'araignées aux longues pattes sous la cuve, elles ont couru dans tous les sens.

Le mur de pierre derrière la cuve était fissuré, le plus jeune plombier a mis du mortier pour bien refermer les joints et ce matin il a finalement coulé du ciment dans les trous de la dalle, filtré le présieux liquide et rempli la nouvelle cuve pendant que l'autre installait le lave-vaisselle. Ces hommes ont travaillé dur, je les ai trouvés hyper compétents. Le plus jeune avait un accent très particulier, tout en rondeurs et en accentuations insistantes et traìnantes à la fin des mots, savoureux. J'ai placé la bouteille verte de Genièvre sur le bord de la fenêtre, dans la cuisine et ainsi le soir elle peut recevoir les rayons de la lune, qui brille plus que d'habitude ces jours-ci, et le matin ceux du soleil levant.

Note : je suis désolée pour ceux qui liront, je sais qu'aujourd'hui mon style est lourd et qu'il y a beaucoup de répétions inutiles. Je me suis levée avec une sinusite de tous les diables, et je ne m'entends plus penser. Pas la force de réviser cette page. Dommage, c'est mon anniversaire.

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