Dru le corps
craquant le coeur
ahan le jour
les poings dedans

je défends ma peau
rien que ça
ma peau de peau

c'est bien assez
il me semble
pour commencer

allez-voir après
après le jour

garantie
je bêle à mort

[Gaston Miron : L'homme rapaillé, « Self-defence »]

glaçons sur le toit, le 14 décembre 2004

Je traverse une période un peu sombre avec l'entêtement de plonger sans cesse au plus profond de soi, dans la nuit la plus noire de l'âme, où, pour paraphraser je ne me souviens plus qui, il est toujours trois heures du matin.

Pour tout avouer, je ne cherche même pas à émerger de ces eaux troubles et parfois troublantes. Ce n'est rien comme la peur ou l'angoisse ; simplement troublant. Forcément, cela m'éloigne des autres, m'isole dans une sorte de grande zone remplie d'images lumineuses et de musique.

Cela ne m'inquiète pas trop, je crois que c'est de fort bon augure pour le projet d'écriture qui mûrit. Je suis là, solidement campée dedans. Absente à tout le reste.

Je nourris l'illusion d'être de la même trempe que les écrivains des siècles révolus : j'écris sur commande. Sauf que personne ne m'a jamais rien commandé. Ma commande vient de l'intérieur.