271. à la dérision

Je suis seul comme le vert de collines au loin
je suis crotté et dégoûtant devant les portes
les yeux crevés commes des oeufs pas beaux à voir
et le corps écumant et fétide de souffrance

Je n'ai pas eu de chance dans la baraque de vie
je n'ai connu que de faux aveux de biais le pire
je veux abdiquer jusqu'à la corde usée de l'âme
je veux perdre la mémoire à fond d'écrou

L'automne est venu je me souviens presque encore
on a préparé des niches pour les chiens pas vrai
mais à moi, à mon amour, à mon mal gênants
on ouvrit toutes grandes les portes pour dehors

or, dans ce monde d'où je ne sortirai bondieu
que pour payer mon dû, et où je suis gigué déjà,
fait comme un rat par toutes les raisons de vivre
hommes, chers hommes je vous remets volontiers

     1 – ma condition d'homme
     2 – je m'étends par terre
     dans ce monde où il semble meilleur
     être chien qu'être homme

Gaston Miron, « Déclaration », in L'homme rapaillé, Octobre 1970

il fait noir déjà trop noir et un bouquet de roses rouges posé sur le coin de mon bureau avec quelques lueurs des bougies dans la fenêtre

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