30. judith

Donner des noms de voyelles aux amis, changer leur nom pour l'esthétique d'un journal, peut-être que ça porte malheur. C'est plutôt dans Love and Writing qu'on aurait dû rester toutes les deux. Elle, ma grande amie de toujours. Et moi. Les tarots amérindiens et les soirs de fête ; les journées en pyjama, les nuits d'hiver trop courtes, perdues dans la neige à North Hatley, à Sutton, sous la tente à Tremblant, et nos dîners à sept services dans son loft, les pastas, la soupe aux tomates, les gambas, et le shabbat aux centaines de chandelles ; les jour et nuit. Je rassemble dans ce journal quelques-uns des trésors qui ne lui servent plus à rien, j'ajoute l'écharpe rouge vin, trois pages de Tourguéniev, les Polonaises de Chopin, une Mazurka, des dessous en fine dentelle, une fausse moustache avec un gros nez et des lunettes, les casseroles en cuivre et les voyages éclair à Boston, les dollars de sable et le vent dans les feuilles, l'ordinateur du dimanche et Rachmaninoff, notre amour fou pour Glenn Gould, thirty two short films about [...], et aussi trois chauve-souris en plastique, le service de couverts en argent, le samovar, une fausse araignée à jeter dans la soupe au navet, ses livres, Lévinas, Boèce, Wittgenstein, Aristote, Freud, Berberova, tout Dosto, les vieux numéros du Times et de Paris Match, un costume de sorcière, un de fée, le Coran, un dictionnaire Italien-Allemand de poche, cent cinquante huit et quelques tubes de rouge à lèvres, un phoque en Alaska, des peignes et des broches en écaille, une Bible, un profond fauteuil en cuir fauve tout mou, un boa en vraies plumes de paon. Le reste, je le garde.

Haut de page