26. à l'ouest du soleil [bis]

lèvres rouges

À peine revenue du Japon de Murakami, je repars pour un voyage au bout de la Grèce avec Henry Miller et Le Colosse de Maroussi. Enchantement, dieux, ruines, voûtes étoilées et somptuosités marines, yeux bandés. Chancelante, je serai orgueilleuse, arrogante et satisfaite de mener la vie fausse et restreinte du citadin.

Tendresses. Nuits heureuses comblées de souverains plaisirs. Dans l'étouffante chaleur de l'été, en France, j'avais rencontré au marché de V. un homme aux yeux verts avec un grand chapeau noir. Il m'avait offert une coupe du vin de ses vignes. Après, le volant de la voiture brûlait les mains, il fallait mettre des papiers dessus, tout ce qu'on trouvait, pour conduire. J'ai revu l'homme. Il le fallait. Je voulais savoir si la seconde fois, ça me ferait pareil. Elle m'écrit : « je suis retournée au marché et l'homme aux yeux verts [sans son chapeau] m'a donné du vin bourru, une bouteille sans bouchon, je pensais qu'il te l'offrait, et on l'a bu en pensant à toi, oui, oui. »

Ah, la vie. Éphémère. Il faut marcher, toujours marcher, comme pour un long voyage au bout de la légèreté. Sans bagages, les épaules nues, parfumées, rejoindre l'éclair brûlant qui danse au fond de ces yeux-là. Se donner. Le corps et l'âme.

Construire pour jamais sa légende. Partir. Marquer le sentier avec des cailloux noirs pour ne pas revenir en arrière. Vivre jusqu'au bout une bel et bien folle histoire. Vivre. Tout. L'infini. Pour l'écrire. Rien. Hier. Relire les textes anciens pour la soif à étancher. Laisser l'homme aux yeux verts me toucher sans fuir. Vieillir encore. Prendre deux, cinq, dix amants. Oublier leur nom. Aimer les rides tristes, les rides qui rient. Épouser le cinquième, celui qui met le feu au ventre et l'aimer en pagaille. Cheveux lisses et noirs, longs, avec des mèches blanches. Défaits. Bas de soie. Robe noire. Lèvres rouges. Danser. Dîner. Chuchoter. Maintenant.

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