Difficile, voire impossible, de lire d'un seul coup tout un journal comme si on buvait un verre d'eau glacée en regardant se coucher la lune, juste pour se désaltérer.

C'est ce que je me dis souvent en lisant mes journaux préférés. Les meilleurs journaux étant à mon humble avis, et pour s'éloigner un peu du cliché habituel, des livres en papier. Des livres qui sentent bon l'humidité un peu rance du végétal et l'encre noire des vieilles rotatives. Encore un passage du Journal de Thoreau, Sir ? Yes Sir. Le dernier, et néanmoins presque le meilleur :

Mon journal devrait être le récit de mes amours. Je voudrais n'y inscrire que les choses que j'aime, ma tendresse pour tous les aspects du monde, et les pensées qui me sont chères. Il n'y a, dans mes aspirations, rien de plus précis, de plus défini que dans celles du bourgeon qui s'ouvre, qui tend vers la fleur et le fruit, vers l'été et l'automne, mais qui n'est conscient que du printemps et du chaud soleil. Je me sens mûr pour quelque chose, mais ne fais rien et n'arrive pas à trouver. Je me sens simplement fertile. En moi, c'est le temps des semences. Je suis resté en jachère assez longtemps.

Les meilleurs journaux restent donc ceux qui sont charcutés, amputés, et publiés de manière posthume, ce sont ceux des écrivains morts et enterrés mourus depuis belle lurette, ceci dit pour paraphraser Réal Yté, de chez Amèriq point com.

Quoi qu'il en soit, les journaux publiés du vivant de leur auteur ne sont intéressants que dans la mesure ou ils ont autre chose à raconter que des histoires d'autocongratulations dans le miroir de soi écrites d'une main distraite, en se prenant le zigouillou [de l'autre] pour le plus célèbre nombril du monde. Dixit je sais pas qui. Mais certainement pas moi, en tout cas. C'est Thoreau alors ? Ou Google ?