19. espoir

Qu'est-ce donc qui m'intéresse en ce moment sinon les premières gelées et les longues pluies froides qui n'en finissent pas. Les pluies pénétrantes qui ruissellent le long du dos pendant que je traînasse sous le grand parasol à lire les poètes de mon été, les pieds nus enroulés autour des pattes de la chaise de métal froid et noir, les épaules recouvertes d'un gros chandail de laine vierge, piquante. Je laisse les lanternes brûler toute la nuit et je rêve. Et c'est tout ce qui m'intéresse. Lire et rêver dehors. Vivre la fin de l'été 2003 comme dans un songe.

Silencieux et attentif, je vais l'être complètement pendant cette heure-ci, pendant la suivante et toujours. La vie la plus vécue que raconte l'histoire a toujours consisté à se retirer de la vie, à s'en laver les mains, à en comprendre la médiocrité et refuser de s'en accommoder.

Pour en finir avec ce difficile week-end, je lis le Journal de Henry David Thoreau tout l'après-midi du dimanche et, quelques heures avant la pluie espérée, je m'allonge sur le dos à même le sol déjà recouvert de feuilles sèches et rougeâtres ; les nuages et les branches trop mûres me dicteront ce qu'ils veulent que j'écrive. Je resterai là jusqu'au lundi matin. Je deviendrai atmosphère, et racine dans la terre. J'attends le gel, et les longues pluies froides et pénétrantes. J'attends l'espoir de tendresse et d'affection pure, l'automne et l'hiver.

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