Certains jours, il me manquait. Il me manquait vraiment, le fil de soie rouge qui me reliait à vous. Et les mots doux cachés dans les plis de vos épîtres folles trop crues, cruelles souvent, et les fleurs écloses à pleins bouquets dans mes draps le matin, et les croisades d'étoiles qui se métamorphosaient en pluie poétique, et vous m'aimiez tant, et surtout les mots.  

Et puis non. Je dis non à la nostalgie comme je dis non au point d'interrogation dans la phrase, à la fin. Je dis non à la nostalgie et aux regrets comme je refuse de me vautrer dans la peur, les double-contraintes, et dans les rumeurs ici et là, les commentaires gratuits, mesquins, et dans les menaces qui m'empêchaient d'agir.

On ne sait pas trop à quoi sert la nostalgie. J'hésitais à la quitter, comme si elle eut été un doux peignoir confortable. Et c'est pourquoi je dis non. Et puis je dis oui à aujourd'hui et à demain. Sans vous et sans ce fil-là. S'accrocher à un fil rouge, même en soie, est-il si important quand il est possible de tourner un peu le regard vers la gauche pour découvrir des milliers de fils de soie de toutes les couleurs, peut-être des violets ou même des blancs et des roses.

Le fil de soie rouge ne me manque plus. Vraiment plus. Pas besoin de fil quand le rouge est partout et que j'ai la chance de voir avec mes yeux le fil blanc se tendre devant moi. Le blanc c'est beau. C'est bon. Mais la crème fouettée en spray Cool Whip, c'est un peu comme du blé d'inde en crème : ce sont les substances insipides et molles et blanches les plus écoeurantes qui ont été inventées depuis que le monde est monde. Mais le pire, le pire avec cette histoire de voyelles et de couleurs, c'est que j'ai un faible avoué pour un i, un beau grand i rouge relié à moi par un fil de soie tout blanc. Blanc neige.