12. a blanc

Encore un jour, encore une heure et des secondes. Je ne lis pas. Je n'écris pas. J'écoule un jour en pure perte. Un jour dimanche en complète solitude. Sans souvenirs. Sans rien ni personne. Pour rien. Pour peut-être me prouver que je peux le faire, me laisser perdre le temps. Briser le moule. Sans tristesse ni regrets. Créer le vide. Éloigner la rumeur, le bruissement des discours creux. J'arrive au soir. J'allume la radio. L'ordinateur. J'ai mal au coeur dans la poussière blanche osseuse et le jour se meurt. Bouger ?

Elle a dit il faut manger, faites un effort. Je sais. J'essaie. J'ai préparé des asperges, des pommes de terre si blanches, on dirait de la farine et je coupe en fines tranches une grosse tomate. Une fois tout cela dans l'assiette, j'ajoute un peu de viande rouge braisée avec des herbes piquantes, pour les protéines et le fer et tout. Je prends le médicament infect qui brouille les idées. Je sors une nappe blanche et j'allume des bougies [blanches] juste pour moi. Je dresse la table pour une fête et c'est la fête de personne. C'est comme écrire une page de journal dans le journal de personne. Au dessert j'aurai du chocolat ? Je finis par m'asseoir et je n'ai pas faim. La fourchette ne sert à rien. Dites, je peux manger avec mes mains ? Ou avec mes pieds, peut-être j'aurais faim avec les pieds ? Donc je fais semblant de manger et je lève les yeux. Devant moi, de biais, la fenêtre. Et en haut du rideau, il y a le ciel, et ça éclate de partout comme la copie en mieux d'un tableau aux mille couleurs vibrantes : argent, argile, jaune, crème, rose, bleu, lilas, turquoise, vert, anis, aniline, améthyste, et encore du rose et du bleu et de l'orange pâle, de l'ocre, gris, blanc, amande, albâtre, aigue-marine, azur, azurine. Un tableau géant bleu azur brûle au soleil. Manger ?

Je cherche des noms de couleurs et je découvre le ablanc [#010101] dans un dictionnaire imaginaire des couleurs, sur pourpre.com. La définition est de Marc Bergère :

ablanc (privatif a- et blanc). Voici la première couleur qui tend vers le blanc et pourtant qui en est totalement privée. Pour un puriste du noir, c'est un noir un peu sale... Le ablanc est utilisé uniquement par les spécialistes du gif transparent (ils se reconnaitront) mais jamais par les autres coloristes de la terre qui se fichent royalement de cette impure inutile car ils lui préfèrent le plus que noir : 0,0,0 !! C'est bien dommage...

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