Je pose le doigt sur ce vendredi soir unique et je dis une fois de plus que la vie est belle, plus belle que tout ce que nous pouvons imaginer. J'ai mis vos dix-huit roses rouges dans le grand vase en terre glaise du Mexique et il me reste un peu de fatigue d'avoir trop travaillé toute la semaine, mais ce n'est rien la fatigue. Je suis forte, vivante et heureuse. Je bois et je mange. Je commence même à récolter des tomates, sur la terrasse. Les grosses grappes de fruits verts rougissent au soleil. Quand minuit va sonner, je vous ouvrirai la porte. Et vous poserez une douce bise pleine de chatouilles sur le haut de ma joue. La longue table sera mise pour notre repas du soir et de toute la semaine. Et je ne comprendrai toujours pas pourquoi je refuse de vous recevoir chez moi les autres jours.

La vie dans cette ville est fort douce, et toute existence est remplie de secrets. Je m'intéresse aux secrets plus qu'à n'importe quoi d'autre. On fait comme si on disait tout. Montréal est une île. On fait comme si il n'y avait pas autant d'eau aux alentours avec les remous et les rapides tumultueux. Aucun secret. L'homme que j'aime a fait avec moi trois fois le tour de l'île. C'est ainsi qu'il est devenu le seul à connaître mes secrets. Il dit que ce qui ne nous détruit pas a le pouvoir de nous reconstruire. Il a des mots venus d'ailleurs. Il est fort et courageux. Je porte ce corps qui me porte. Je porte ce corps qui bouge, contraste de chacun de mes mouvements avec la lune laiteuse qui nous attire au bord du feu. Il a de l'or dans les cheveux et l'éclair du renard au coin de l'oeil quand l'étoile polaire se couche.