Ma dernière soirée dans ce pays que mes parents appelaient la mère-patrie fut très douce. Et le lendemain matin, avec à peine quatre heures de sommeil, le réveil a sonné trop tôt, interrompant un rêve dans lequel je confiais à ma mère des histoires avec des sales types dedans et j'ai murmuré sitôt les yeux ouverts : maman, maman, aide-moi. J'ai éteint le réveil et j'ai pleuré, ensuite je me suis retournée dans le lit pour dormir encore un peu ; je n'avais pas la moindre envie de partir.

Dans le hall de l'aéroport, j'ai écrit longuement dans mon cahier et aussi sur le portable en attendant l'embarquement. Des enfants venaient près de moi pour me regarder travailler et ils fixaient surtout mes mains, l'air rêveur. Je leur ai raconté des trucs fous, des histoires de renard que seuls les enfants peuvent comprendre. Ils riaient. J'ai ensuite mis en route un nouveau projet d'écriture top secret. Et puis j'ai lu La Lettre au père, de Kafka. J'ai fini de lire le livre dans l'avion, quelque part au-dessus de l'Atlantique. Les enfants de ce voyage étaient très beaux.

Et puis quand je me suis retrouvée dans la maison, j'étais de retour face à moi même. Je ne sais pas encore ce que je vais faire, ni comment je vais le faire, mais je sais que je vais trouver une solution pour régler un problème qui traîne depuis trop longtemps. Je jongle encore avec la sempiternelle question du travail et de l'équilibre à faire dans tout cela.

Enfin, je suis rentrée, le coeur encore un peu lourd, mais en même temps libérée. Plus légère. J'ai enlevé mes sandales poussiéreuses, arrosé les plantes. J'ai nettoyé et rangé la maison. Mangé une soupe miso, des biscuits soda et du fromage. Et me voilà. Je mettrai le disque de Dylan. Je ferai du thé. Avec l'envie de faire une image de ma tasse de thé alors que pendant ces dernières semaines, je n'ai pas songé à faire une seule photo. Je me suis plutôt attardée à voir, ressentir, entendre, goûter, discuter et rire. J'ai préféré nicher toutes mes images profond en moi, et j'ai pris des notes. Acheté des cartes postales, des gravures et surtout des livres. Et de la musique. Du parfum. Du vin. Et dans les jours qui ont suivi, j'ai bricolé ce nouveau cahier. Le volume 4. Pour continuer.