nelson_220503.jpg

Et c'est depuis ce temps que, pareil aux prophètes,
J'aime si tendrement le désert et la mer ;
Que je ris dans les deuils et pleure dans les fêtes,
Et trouve un goût suave au vin le plus amer ;
Que je prends très souvent les faits pour des mensonges,
Et que, les yeux au ciel, je tombe dans des trous.
Mais la Voix me console et dit: "Garde tes songes :
Les sages n'en ont pas d'aussi beaux que les fous !"  [Baudelaire : Les voix]

Sur mon épaule, sa main posée que je capturais dans la mienne sous le soleil et le vent léger, la tendresse attentive pour parler de la peur, du mensonge et des livres. Et puis la timidité quand il s'agit d'établir le contact avec l'autre pourtant si familier, songer à ce qui incite parfois à garder une certaine distance sans qu'on y pense, à ce qui contraste avec l'absence de préjugés et d'aisance dans l'intimité.

J'imagine qu'on ne s'approche pas des autres, ce sont eux qui s'avancent et puis un jour ils s'éloignent et puis ils reviennent et repartent et c'est le mouvement prévisible, connu, une sorte de danse ivre qui tangue.

De lui, c'est comme si d'une certaine manière j'étais toujours très proche et en même temps très loin. Quand il n'est pas au plus près, je le sens vivre et vibrer tout le temps, j'aime les êtres libres et sans attaches, tels qu'ils sont quand ils ont le regard plein d'étoiles et de rêves, le désir de créer qui brûle la peau, la douceur des lèvres, tout le corps tendu comme un arc devant la beauté du monde.

Je veux effleurer, examiner, ne pas toucher ni marquer, mais caresser de loin l'âme et le corps comme le feraient une mèche de mes cheveux ou le bout de l'aile d'un papillon blanc et puis voler ailleurs. J'aime cette grande liberté pour parler de tout ce qui importe et impressionne sans s'emporter, et puis se réchauffer le coeur, partager les mêmes odeurs, les images, les idées, les saveurs et puis les livres, la ville et l'écriture encore.

Et c'est ainsi que la pluie s'est mise à tomber lentement sur l'immense beauté d'un jour doux.