image avec neige pour 2002

sur la jetée de la nuit
à tous ces matins j'irai prier
et je saurai ma présente
d'un voeu à l'azur ton mystère
déchiré d'un espace rouge-gorge

[gaston miron]

L'année se lève encore, elle marche pieds nus dans la blancheur de l'aube. L'espace rempli de silence écarlate. J'entre à l'intérieur du monde et je me retrouve dans une maison où vit une belette somnambule et quelques lutins qui s'amusent à faire des noeuds dans mes cheveux.

La mémoire est pleine. Je n'oublie pas que je consiste. Je n'est pas une autre. Je. Parce que tu. Me tues. Dans le lit de la chambre bleue. Elle rougit.

La jetée s'avance en rongeant les sapins, presque transparente. Au matin, les mots que l'on prononce sont transportés par l'écho jusque de l'autre côté du lac. Les rives vacillent, fébriles. Les rires se croisent sur la route de glace enneigée pendant que je suis occupée à allumer ton feu sous la courtepointe en peaux de renard roux.

Tes lèvres murmurent. Tu délires en arrachant les ronces de trois mètres qui envahissent les sapins. Tout à l'heure, nous y mettrons le feu pour réchauffer deux mille deux. Cela fera peut-être mourir la guerre. Aide-moi à faire chauffer la paix dans une petite marmite avec trois noix de beurre doux.

Le moment arrive de ne pas bouger. Arrête de compter. Ne parle pas sauf avec les yeux, le corps. Juste, regarde. Recommence à compter jusqu'à, compter jusqu'à cent. Surtout ne pas se tromper en sautant de douze à quarante-huit, quinze. Suivre le rythme, ne pas oublier le style des nombres premiers, des folies aléatoires et binaires, la cadence, pour que se rejoignent les deux bords extrêmes de la jouissance. Du même bord après la traversée, du même bord le sein palpite.

Prier ensemble sur la jetée de la nuit, traverser les coulées de neige et de glace dans l'azur givré. Une année finit, une autre commence et tu es avec moi. Tout ce que tu fais c'est parce que je suis avec toi. Tout ce que je fais c'est parce que tu es avec moi. Je compte jusqu'à cent. Pas un de plus, pas un de moins. Toujours, toujours en même temps. Je n'ai qu'un voeu à formuler, un voeu à l'azur pour aimer mieux, « déchiré d'un espace rouge-gorge »

aux lecteurs et amis de ce journal, nous souhaitons une Bonne Année 2002...

Jack & Script