Je vivrai mon été indien sans image. Karl écrit que la première neige a tombé cette nuit. Peut-être était-ce hier ? J'ai pas vu ça. Pourtant, je ne dormais pas, mais je ne regardais pas par la fenêtre. Rideaux tirés, bien calée dans mes coussins, au fond de mon lit chaud comme un nid, je lisais, je lisais La vie sexuelle de Catherine M. Et Je t'aime, la vie, de Catherine Bensaid qui cite Plotin au dernier chapitre :

Reviens à toi-même et regarde : si tu ne te vois pas encore toi-même beau, fais comme le sculpteur d'une statue qui doit devenir belle : il enlève, il gratte, il polit, il nettoie, jusqu'à ce qu'il fasse apparaître un beau visage dans la statue. Toi aussi, enlève tout ce qui est superflu, redresse tout ce qui est tortueux, nettoyant tout ce qui est sombre, rends-le brillant, et ne cesse de sculpter ta propre statue, jusqu'à ce que resplendisse pour toi la divine splendeur de la vertu.

C'est bizarre. Ce que Plotin écrit, c'est exactement le travail que je suis en train de faire sur Épiphanie. J'ai pas fini de gratter et de polir. J'avance bien : imprimé les deux premières parties du manuscrit, version finale et définitive hier [hum]. Total : 178 pages ou un demi-livre. En kilos, je sais pas.

Ainsi, Karl redécore La Grange aux couleurs de son amour de l'hiver, aux couleurs de la froidure, des engelures et du somptueux verglas. Mimétisme ou besoin de renouvellement ? Ce matin, le ciel porte les couleurs du désir et j'ai envie de redécorer Love and Writing project aux couleurs de ma vie qui goûte le silence, la paix et les étoiles de neige qui s'éclatent sur le rose ambré de ma peau « aux couleurs de l'été indien ».