29. un seul homme

J'entends chaque jour des histoires terribles qui arrivent et qui sont le fait de personnes « méchantes », de la haine. Pourquoi ça existe, la haine ? J'ouvre un livre et je tombe sur le passage suivant : «...il suffirait d'un seul homme digne de ce nom pour que l'on pût croire en l'homme, en l'humanité ».

homme nu

J'entends des phrases terribles, meurtrières ou défaitistes ; j'en lis un peu partout. On ne se rend pas compte.

Je crois qu'il n'y a rien de pire que la haine en bloc, sans discernement. C'est un mal qui ronge le coeur. Si je regarde en moi, je ne trouve pas de haine, pas la plus petite parcelle. Je pense que ça va à l'encontre de ma nature. Et si un jour j'en venais à ressentir de la haine, je me dirais que je suis atteinte, blessée au plus profond de l'âme. Alors je chercherais à guérir ça le plus vite possible. Suis-je épargnée par les sentiments de haine parce que je ne prie ni ne combats sous aucune bannière ? Je ne sais pas. Ce que je sais c'est que je n'ai pas de véritable pays ni de patrie et que ça ne me dérange plus. Avant ça me fatiguait et me blessait que le Québec ne soit pas un pays. J'ai réfléchi et je me suis détachée de cette question-là. Le nationalisme et les autres ismes, c'est pire que du poison. Mes ancêtres ont été tués, déportés, décimés, colonisés; on a survécu, sangs mêlés. Sans haine ? Je n'appartiens à aucun peuple et ça ne me dérange pas. Cela n'a aucune importance. J'appartiens à la terre, au monde. Le monde ne nous appartient pas. Ma langue maternelle n'est pas reconnue comme une langue ? Pas grave. Je parlerais, s'il le faut, dans n'importe quelle langue, même mal, parce que j'ai besoin de communiquer avec mes semblables et surtout de les comprendre quand ils me parlent. J'aime. J'aide mes proches à faire pareil, à être bien et à vivre en paix avec eux-mêmes et les autres, c'est tout ce qui m'importe.

Je plains les personnes qui souffrent de trop haïr, je les plains. Elles ont besoin de réconfort et de compassion. Je crois par-dessus tout qu'on ne répond pas à la haine par de la haine. Pour moi, ce serait comme la peine de mort, on ne peut pas. Personne n'a le droit de tuer.

J'écris, j'écris, j'arrive au bas de cette page et je constate que je ne peux qu'effleurer le sujet, je ne peux même pas l'explorer à fond, l'épuiser, car tout cela me dépasse et m'échappe. Alors j'ai besoin de continuer à réfléchir, comprendre cet énorme gâchis. Il suffirait pourtant d'un seul homme. Et d'un peu d'amour. De l'amour comme la pluie qui tombe dans le bas de mon dos, sous le parasol. Et comme l'arc-en-ciel de ce samedi soir sur la ville.

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