Un jour elle m'avait dit c'est bon des fraises avec de la crème et beaucoup de sucre. Blanc.

Et ce jour-là elle m'avait aussi parlé des violettes sauvages, les Viola riviniana. Elle aimait le parfum prégnant des petites fleurs qui ne vivent pas longtemps. Elle cueillait, elle respirait, elle les mettait dans son cou, comme on fait avec les petits chats.

Elle disait que cette couleur, c'est une couleur qui n'existe presque pas. Parce que c'est difficile d'être une fleur rouge. À cause du rouge. J'ai appris hier que même les appareils photos les plus sophistiqués n'arrivent pas à capturer cette couleur-là et certains roses aussi. Est-ce que ce sont nos yeux qui ne voient pas la bonne couleur des fleurs, et que seule la machine à faire des images peut la capturer parce qu'elle les approche et les regarde de très près, de beaucoup plus près que nous ? Je ne sais pas.

C'est exprès qu'elle utilisait le mot capturer. Elle savait bien que cela n'a pas de sens, on ne peut pas capturer la couleur. La couleur, ce n'est pas du gibier. Elle courtisait ce qui n'a pas de sens et qui n'est pas visible. Le rouge, c'est la vie, la mort, la joie intense, l'enfance. Et l'amour absolu, impossible.