25. des mots qui ont traversé le temps

Matin gris. La brume et l'envie de rien. Nausée. Ouvrir les Sonnets à Orphée au hasard et recopier la première strophe pour rien, pour faire quelque chose de concret. De vrai. Écrire, cela devrait toujours être : écrire des mots qui ont traversé le temps, et rien d'autre. Les autres mots n'ont aucune valeur. Oui. Recopier cette strophe. Ensuite, la lire :

Veux la métamorphose. Ô sois plus que fou de la flamme,
ce qu'elle te soustrait se transforme en elle avec faste ;
l'esprit qui trame et trace et se rend maître du terrestre
n'aime rien d'une ligne autant que son point d'inflexion.

Ce qui est bien avec le fait d'écrire les codes html à la main, c'est qu'il faut ajouter des petits signes à l'écriture, et ça lui donne l'air un peu folle, ça lui enlève son ridicule sérieux, quelque chose de sa dureté tragique. Écrire le html ajoute à la dimension jeu de l'écriture. Ça donne du plaisir quand l'acte d'écrire n'en est plus un, parfois.

Je lis les mots de Rilke, je lis la métamorphose de Daphnée. Matin gris-blanc. Ce matin jai mal à ce que j'écris, qui est écrit, et que j'essaie de métamorphoser en objet cohérent et intéressant pour d'autres yeux que les miens.

La pile désordonnée de feuillets barbouillés d'encre noire est là. À côté d'elle, une autre pile faite de plans, de griffonnages, de listes d'idées. Des notes.

Quand le jour se lève, quelle pile je prends ? Nausée. Envie de balancer l'ordinateur par la fenêtre. Et puis éclater de rire et prendre un billet d'avion. Partir pour Tombouctou.

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