Je me suis levée avant l'aube encore ce matin. J'aime travailler pendant la nuit, mais pas quand la nuit commence. Pas ces jours-ci. Parce que c'est l'été, et que je pense à la mer et aux vacances, je ne dors plus comme avant. Les premières heures de la nuit, quand je tombe de sommeil, je me réfugie dans mon lit et je reste là, je me laisse emporter dans le noir sombre et je m'endors, et ensuite, quand les rêves se terminent et que finalement j'émerge de ce flottement du corps dont je ne saurais me passer, le deuxième pan du rêve m'entraîne avec lui dans le monde des mots et des images et c'est à ce moment-là que j'ouvre l'un ou l'autre de mes carnets ou cet ordinateur qui ronronne comme un chat. J'entends une corneille crier (croasser?) en passant devant la fenêtre ouverte. L'air est frais, presque froid. Je fais le café. J'apporte le bol fumant ici et je le bois à petites gorgées en laissant descendre la pensée de mes lèvres jusqu'à mes doigts qui tapent en cadence rythmée. D. m'a dit au sujet de ce journal : « ce sont des mots qui viennent de votre corps ». Je n'ai pas réagi. Il y a parfois des remarques que j'entends qui me prennent par surprise et je reste muette, comme saisie. C'est vrai. Quand j'écris, c'est ce corps qui écrit. Mais pas toujours. On ne m'avait jamais dit quelque chose comme ça.