20. insane

Un soir d'été, je regarde les étoiles. Le ciel n'est pas noir, mais bleuté, d'un beau bleu profond, un bleu qui laisse voir des traînées de nuages blancs qui se font transporter par le vent, des nuages tout effilochés sur les bords comme sont représentées les ailes des anges sur les vieilles images saintes avec des petits Jésus assis dans les bras de leur maman. Il est de ces images comme de ce rêve insensé que je fais quand je dis qu'il se pourrait bien que ma vie ne finisse jamais. Insensé au sens de ce qui n'a pas de sens. Je préfère le mot : insane, ce rêve est un rêve insane parce qu'il n'est pas raisonnable. Insane est un mot superbe et on ne le dit pas. Peut-être parce que le mot vient de l'anglais et que ça joue dans les phobies des gens qui ont peur de « perdre » leur langue. Faut quand même pas jeter le bébé avec l'eau du bain non plus. Chaque langue évolue et s'enrichit en puisant dans les autres langues. « Insane » est donc un mot français qui fut « emprunté » à l'anglais en 1784 et le mot anglais fut « emprunté » au latin insanus : littéralement, ce mot qualifie ce qui n'est pas sain d'esprit, ce qui est contraire à la saine raison. Ou encore, ce qui ne présente aucun intérêt, les inepties : « Ils étaient gavés d'une télévision stupide, de journaux insanes » (Sagan) J'aime l'idée que les mots voyagent.

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