12. le délicieux bruissement du silence

J'ai déménagé l'ordinateur face à la fenêtre, je l'ai placé sur une longue table qui divise le bureau en deux dans le sens de la largeur, juste un peu en avant des deux colonnes si ostensiblement corinthiennes.

Face à la fenêtre, donc. Celle avec des vitraux, et qui s'ouvre sur les hautes branches d'un vieil érable. En plus d'avoir une meilleure qualité de lumière pour écrire, chaque fois que je lève les yeux de l'écran, je vois et verrai toujours cet arbre et les rayons du soleil et les agitations du vent dans les feuilles ou la pluie et les orages. Je me sentirai mieux. Et en prime, je recevrai sur moi de l'air frais qui entrera par la croisée ouverte.

Ce dont j'ai le plus besoin en ce moment c'est de silence. Le silence de la nature avec le bourdonnement des mouches, le bruissement des fougères, et le glissement de ma barque sur la rivière glacée. Les vacanciers seront bientôt tous partis et Montréal va pouvoir respirer un peu. Surtout que ces jours-ci, le Festival de Jazz bourdonne pas mal fort.

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J'ai passé la journée d'hier à faire ce que j'avais écrit le matin. Mais je l'ai fait autrement. Je me suis amusée à regarder le ciel pour voir si je verrais pas arriver un ange. Je me suis amusée en arrosant mes fleurs qui ont toujours soif ces jours-ci : c'est à cause de la grande chaleur et du soleil. J'aime arroser les fleurs, parce que j'en découvre ainsi des nouvelles chaque fois, de toutes petites pousses qui luttent pour se faire une place avec les autres. Certaines se referment et meurent parce que leur vie est finie. Savez-vous que j'ai une plante (dans le vrai jardin, en bas) qui s'appelle Éphémère ? C'est une Tradescantia virginiana et ses fleurs sont violettes. Je l'ai plantée ce printemps. Les petites fleurs violettes s'ouvrent le matin et durant l'après-midi, c'est fini, les pétales se replient et forment des bourses rondes, on dirait qu'elles se recueillent pour trouver une nouvelle vie. Jamais on ne les voit se faner et tomber mortes sur le sol. Et puis le lendemain, ça recommence avec de nouvelles fleurs, jamais les mêmes. Comme si les fleurs mortes donnaient naissance par en dedans aux fleurs vivantes. Ce foisonnement me plaît, ce recommencement incroyable, terrible, cette vie Immédiate, Courte, Parfaite, je la sens. Je me plais à croire que je suis capable de me métamorphoser en Éphémère, pour vrai. Et j'ai fait des confitures de fraises et le soir, de la confiture de griottes.

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J'ai pas avancé dans Épiphanie et ça m'est égal. J'ai trouvé une image d'Éphémère (celle-ci, c'est la Cuthbertia ornata) que © Paul Rebmann m'a autorisée à publier sur cette page.

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