Ma chambre c'est l'endroit de la maison où je lis et où j'aime écrire. C'est une pièce meublée seulement d'un grand lit et d'une petite table où mes livres s'empilent en désordre. Au pied du lit, une chaise blanche qui a une longue histoire. Sur le mur en face du lit, un tableau de Gustav Klimt où il a peint sept femmes couchées ensemble, les corps entremêlés enveloppés de couvertures fleuries.

La chambre est un refuge, j'aime y faire la sieste l'après-midi au grand soleil. Et l'amour aussi.

Dans la maison je suis bien, je peux dormir. Sans le savoir, je fais parfois de la peine aux personnes que j'aime. Je ne sais pas comment approcher les autres, entrer en contact sans blesser. Je ne veux de mal à personne, et pourtant. Ils sont impressionnés par ma solitude, parce que je suis une femme qui vit seule et qui écrit. Et par cette grande maison qui craque, par cette maison qui est comme « une patrie, un endroit fou du monde où le coeur se rassure » [O. dixit]. Il ne faut pas avoir peur quand je pleure et que je dis que c'est trop difficile. J'écris sans prétention. J'essaie, mais je ne sais pas.

Marguerite Duras a écrit qu'elle ne montrait jamais à ses amants les livres qu'elle écrivait. Dès qu'elle avait terminé un chapitre elle le cachait. Depuis toujours, je sais ça, je sais qu'il faut cacher l'écrit pas encore né, le plus précieux de soi. Dans cette chambre au coeur de la grande maison qui craque, chaque jour de ma vie, je lis et j'écris.

Et aujourd'hui, je n'ai eu envie que d'une seule chose. Envie de marcher longtemps au bord de la mer avec mon amie Marie and let the sun shine in.