Je suis allée sur le Mont-Royal. J'ai marché sous les grands arbres qui protègent du vent. Au bord du lac, j'ai trouvé un banc, j'y suis restée assise vingt minutes, puis en montant jusqu'au chalet, il y avait un autre banc un peu en retrait, je m'y suis couchée... je ne sais pas combien de temps. Personne ou presque. Grand brassage du vent dans les branches, sifflements et tourbillons d'air glacé. Corps engourdi. Pour rentrer, j'avançais péniblement en luttant contre le vent qui s'engouffrait sous mes vêtements et m'arrachait les cheveux. Vue d'en haut, la ville est une splendeur avec le fleuve qui s'étire au loin, sous les ponts et les miroirs posés sur les tours, les clochers qui luisent.

Au retour, sur la rue, les gens pressent le pas, les arbres se tordent dans tous les sens. J'arrête au Café et j'écris mon Journal. À partir du moment où je refuse que la solitude me submerge et m'empêche d'agir, d'écrire, je décide de vivre autrement, de voir des gens. Pas pour communiquer, ni partager. Ce que je pense est souvent incommuniquable, cela ne se dit pas, cela peut juste s'écrire. Et encore. Besoin de contact, besoin d'amour, signifier que je suis là. Et regarder, écouter.

Aujourd'hui dans le journal manuscrit, j'écris que je renoncerai. Le Café se remplit tranquillement. Je bois du vin rouge et je mange du couscous aux légumes. Commencé à lire The unabridged journals of Sylvia Plath. 732 pages en anglais. Plusieurs cahiers ont été détruits par le cher mari. De quel droit ? Cette histoire me rend malade. Je me sens soudain lourde et si fatiguée, comme si on m'avait attaché une grosse pierrre autour du cou. Je rentre. Je me couche.