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Toute la journée, je porte mes sandales noires au look japonais. Je fais des rêves éphémérides que je n'écris pas, préférant les confier à la brume matinale qui tombe sur la ville.

Il fait encore un peu frais, mais le ciel n'est pas froid. Je courtise en silence la mélancolie et l'euphorie des poètes. Les jours comme aujourd'hui, j'aimerais joindre les mains ouvertes pour former deux soucoupes et recueillir le temps comme une poignée de sable, non pas pour le retenir mais pour le laisser s'évader en dehors des dérives ordinaires.

Dans une autre vie, cent fois par jour je penserais à fuir, mais ici et maintenant je n'ai pas la moindre intention de fuir nulle part. Alors je reste là dans cette maison où je vis mon histoire.

La nuit, je dors peu et profondément. La voute étoilée creuse des galeries s'ouvrant sur de vastes prairies lunaires qui inondent le ciel montréalais tantôt gris noir, tantôt rempli de ramages bleu violet. L'amour pourrait bien être cet ailleurs indistinct tendre comme un long ruban de satin qui me caresserait la joue.

Le matin, je vois l'assiette dorée décroître lentement et s'arrimer au vent décadent. C'est pourtant pas la pleine lune.