roses_sauvages.jpg

Mardi soir, entre 17 et 18 heures, l'heure de ma five o'clock sieste. Je ne dors pas. C'est pas pour faire la tête mais j'écoute les informations à la télé. Ça m'arrive à peu près une fois tous les six mois. Après, généralement, je fais de la soupe.

Il fait froid ici. Faut que je trouve un moyen de garder la maison chaude. À 18 heures 30, je fais de la soupe. Parce que si je continue à faire du ménage, tous les clous identiques à ceux du Christ en croix vont émerger du plancher de bois franc construit au début du siècle dernier. Et quand les clous sortent, ça fait des trous dans les chaussettes. Ou dans les pieds.

Aujourd'hui, je réchauffe la maison avec de la soupe. Ça mijote sur le feu. Je m'en sers un grand bol que je rapporte dans le salon et puis je me blottis en dessous de mon grand châle de laine Black Watch pour la manger. Je rêve devant la télé qui joue toute seule et je commence par croquer les croutons grillés. C'est bon, la soupe. Ça aide à passer les informations qui ne parlent que d'indices boursiers et de retombées économiques.

Mardi soir, 19 heures, j'écris mon journal. Une fois n'est pas coutume. Mais pour ça, je dois changer d'écran. Fiou, une chance que j'ai ce journal, c'est le soirée du hockey. Brrr.

Mardi midi, j'ouvre la radio. J'entends la musique du Survenant et je me dis : quel hasard, personne va me croire si je raconte ça. Pourquoi ? Mais parce que c'est vrai. Les choses trop vraies ne sont jamais crédibles quand on les écrit. Je veux dire : elles n'ont pas l'air authentiques parce que trop vraies.

C'est comme l'histoire du Survenant et de l'image que j'ai mise sur la page 113, hier. Si j'écris ça, personne va me croire, personne. On dira que j'en rajoute pour me faire mousser. Alors voilà, j'en parlerai pas.

Mardi soir, 20 heures. Je viens d'en apprendre un bonne sur le Christ : les gypsies prétendent avoir reçu du Christ le droit de voler à perpétuité, parce que l'un d'eux, passant par là le jour de la crucifixion, subtilisa le quatrième clou destiné au supplice, ce qui explique que les pieds soient cloués l'un sur l'autre. Pour cette douleur supplémentaire évitée, Jésus fut reconnaissant.

N'est-ce pas magnifique ? Et ce n'est pas tout. Le lecteur demandera-t-il d'où Script tient cette histoire ? Non ? Eh bien oui ! il le saura.

Alors voilà ma source : selon M.C., un sale type qui ment comme un arracheur de dents, un membre des Gipsy Kings aurait raconté cette histoire des clous du Christ à Normand Brathwaite lors d'un épisode de Beau et Chaud, à la télé, il y a une dizaine d'années.

Et pour couronner ma soirée sublime, qui commence à peine, je viens de dénicher la musique du Survenant sur le web. Voui, voui, le mp3 en personne. C'est Greensleeves, l'interprétation de Loreena McKennit sur l'album The Visit.

Les paroles de Greensleeves seront religieusement recopiées par Script dans la Marginalia, page du 7 mai 2002.