magnolia_rose.jpg

Tant de douceur, tant de douceur, et je parle trop. J'ai envie de faire une cure de silence dans ce journal, et ailleurs. M'attacher à l'essence des choses, aller au coeur. Et creuser dedans, rester là. Je ne pense même pas à la vérité, parce que la vérité n'existe pas. L'intégrité, oui. Être soi-même ou rien. Et me faire à l'idée qu'on est tout le temps tout seul.

Le roman bourgeonne, il prend une forme que j'étais loin d'imaginer. Je le laisse grandir à son rythme. Je ressens comme une pudeur à compter les pages. J'essaie de ne pas relire, de continuer. Je crains parfois de perdre le fil. Ou bien je doute et je me dis : et si cette histoire n'intéressait personne ? Ou bien j'envoie valser cette question qui n'a pas d'importance. Tout ce qui m'importe c'est le désir de le faire, de l'écrire, peut-être parce qu'il y a les personnages qui sont là tout le temps. Et puis parce que j'ai commencé, alors j'ai envie de continuer pour donner à l'écriture le temps de lever comme une pâte à pain ou un gros gâteau au chocolat fait avec six oeufs, du beurre salé et du chocolat noir.

Les personnages, je ne les invente pas, ce sont eux qui s'imposent à moi et je leur dis oui. C'est moi qui choisis, personne d'autre. Je buche avec un vieille hache toute rouillée au manche cassée dans les mots pourris et j'essaie de tracer des formes, des signes. Ce que j'écris dans le roman, cette activité d'écrire c'est une grande partie de ma vie et ça pousse pour avoir sa place dans le journal.

Du côté du roman, ils n'arrêtent jamais, j'ai aucun répit, même la nuit. Mais au moins il n'y a pas de journal ou de Script qui s'en mêlent. Ici, dans ces pages, c'est souvent l'inverse : les personnages font intrusion à tout bout de champs. Alors certains matins, je me rebiffe un peu. En parler ou l'écrire comme ça vient, cela me fait du bien. Depuis que j'ai commencé ce journal online, je ne sais plus travailler autrement. J'ai besoin d'avoir un journal-témoin de l'avancement du livre et de l'amour, mon Love and Writing Project.

Je me demande si, quand j'aurai fini le livre, je croirai toujours toute ma vie qu'Érika von Strohem c'est moi. Je me le demande. Mais je n'oublie pas que je suis là uniquement pour l'aider à traverser d'un monde dans l'autre. Rien d'autre.

Cependant, une fois que j'aurai écrit le mot Fin à l'histoire d'Erika, et de Théo, et de Nietzsche, je sais qu'aucun de ces trois-là ne reviendra hanter les pages du Journal. Ils laisseront l'espace au prochain livre, à d'autres personnages, ou bien encore ce journal deviendra tout simplement le journal d'annie strohem.