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Hier, donc, 7 heures du matin. Je me lève et il est là. Il m'amène à la fenêtre. Il dit regarde. Je vois l'immense beauté de la ville et surtout lui, son regard gris bleu [il dit j'ai les yeux bleu pistolet neuf millimètres] et ses cheveux qui bouclent un peu. Les cheveux je les vois plus foncés que châtains, disons châtain foncé : châtaigne d'eau. Il a les cheveux châtaigne d'eau. Je suis son regard et je vois les clochers verts et gris, les toits des triplex du Plateau, et le faîte des arbres avec les bébés feuilles qui n'ont même pas souffert de la neige de lundi. Et par dessus tout ça, par dessus tout ça, un parfum de lilas violets dans le gris du ciel. Puis avec son immense tendresse, il me fait asseoir près de lui devant l'ordinateur et il dit : regarde, Ophélia a écrit.

Dans le somptueux matin qui se lève sur Montréal, sur les toits des triplex du Plateau, nous lisons en même temps Breathing under water, le retour d'O. à Paris, le bonheur et la liberté retrouvés et surtout, toujours, le garçon aux cheveux noirs. Il fait peut-être gris dehors, mais aujourd'hui il fera soleil, il fera soleil [c'est obligé]. Je pense aux sales types qui mentent comme des arracheurs de dents et je ris dans ses fous rires à elle. Elle, la jeune reine qui écrit magnifiquement et de si loin, si présente.

Après quelques caresses, il éclate de rire. Il fait jouer son Capri, c'est fini à lui, la chanson Je t'attendais. J'éclate de rire. À 7 heures 27 du matin, je dis : j'ai envie de faire un film sur toi.