Je me sens encore un peu fébrile, c'est sans doute à cause de ce rêve de la nuit dernière. En plein milieu de la nuit, je me suis perdue dans un labyrinthe. J'ai erré longtemps là-dedans et je savais que j'étais perdue et j'étais toute seule et je tombais sur les bancs en pleurant. Sur chaque banc je pleurais un peu et Christian arrivait, il me prenait dans ses bras et ça me consolait. Ce rêve était interminable et à la fois immensément triste et apaisant. Nostalgique. Retenu de quelques vieilles recherches que la nostalgie est la « maladie » du retour, : du grec nostalgia, avec algie qui signifie douleur et nostos, retour.

Quand je me suis réveillée, je croyais qu'il ne dormait pas. J'ai commencé à lui raconter mon rêve, encore toute retenue captive dedans. Alors il dit : tu as dû sortir par la mauvaise porte. J'ai continué à raconter. Il dit : chut, tais-toi. Dormir, je prends ça très au sérieux, tu raconteras ton rêve demain.

Cet impératif m'a ramené de ce côté-ci du monde. Je me suis dit que les rêves aiment probablement mieux se faire écrire plutôt que raconter en plein milieu de la nuit. Le sommeil est sacré, je sais. Je le savais, mais j'oublie toujours de me taire la nuit. Surtout quand je me sens un peu fébrile, fiévreuse et entourée d'Érika, d'Auguste Rodin, de Camille Claudel et de Nietzsche qui parlent en anglais tous en même temps.

[...]

Au matin, je dis : je me demande bien pourquoi il y en a toujours un de nous deux qui dit à l'autre de se taire. Dire que c'est moi qui ai commencé ça !