love and writing project [érika et nietzsche]

Extrait du journal d'érika, live.

[Elle marche de long en large attendant que le corps s'épuise et que les mots lui tombent dessus.]

Dimanche matin. Neuf heures du matin,
Cette nuit j'ai dormi avec lui, enroulée dans ses bras. La couette en fugue au pied du lit. Parfois je me dis qu'il vaudrait beaucoup mieux certains matins rester couchée et laisser la vie faire son affaire. C'est obligé, disait O. hier soir, modulant ses mots en un seul soupir soyeux comme son long ruban American beauty.

Il a vraiment l'intérieur des mains très doux. J'aime me lever à l'aube pour caresser le jour avec lui. J'éclate de rire, je murmure : fais moi un café ou t'es un homme mort. Il se tourne sur le ventre et se rendort aussitôt en ronflant un peu. Je fais le café. Je pense : j'aime qu'il ronfle un peu -- j'ai besoin qu'il soit libre toujours.

Je pense : est-ce qu'on peut éclater quand on est trop content ? Et il répond oui, je suis sûr que c'est possible. Et je me dis encore : je ressens ce qu'il est quand il m'écrit des choses comme Here I come after a horrendous day, I feel sick and hungry and cold and I hate the whole world. Je comprends, je sais. Ou encore ses autres mots, tous ses autres mots, je les sens. Je sais. Je n'ai pas peur. Et au-delà des mots, c'est sa nature à lui, fière et rebelle qui me fascine. C'est pas parce qu'il écrit. Quoique. Je lis son corps. Je lis son ample âme prudente, je lis jour et nuit de haut en bas, en long et en large, dans le lit qui tangue et puis qui prend le large. Je sais que partout où nous allons nous sommes seuls.

Il l'a surnommée érika. Elle s'amuse à l'appeler nietzsche. C'est ainsi. Ils sont seuls, seuls et libres forever.