Love and writing project [tara et steph]

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écrire
provoquer
crier
déluges
torrents
débâcles
marées
inondations

Neuf mots écrits le 30 août 2001. À la page 182 de ce journal.

J'écris ça et puis j'oublie. J'oublie toujours ce que j'écris. Et quand je relis des pages, au hasard, depuis le 18 décembre 2000, je vois bien que cette avalanche de mots, c'est de moi qu'elle est sortie [certains sont de Jack], et ça me donne le vertige. Je peux en retrouver une trace, un passage, ici et là dans mes souvenirs, et puis après, plus rien. J'oublie ce que j'écris avec ma raison. Mais il me reste des images, beaucoup d'images et des couleurs pour construire le Love and Writing project. Si je ne l'avais pas écrit, il resterait peu de signes tangibles de ce que j'ai pensé et ressenti.

Stephanie (Tara) écrivait samedi qu'il faut d'abord s'aimer soi-même. Je pense qu'on doit apprendre à s'aimer et se rassurer tout seul sans l'aide de personne. Et pour cela il faut avoir reçu suffisamment d'amour pour que ça nourrisse la certitude qu'on existe sinon c'est la quête pour continuer d'en recevoir, savoir qu'on a été aimé et être porté par ça. On se noie dans la bouteille. Pourtant, le contenant, c'est à l'intérieur qu'il est.

Comment savoir si je m'aime ou pas ? L'amour est une sorte de complément d'objet direct. Circonstanciel. Impératif ? Certains jours, je m'aime, je me trouve belle, charmante et je brille de tous mes feux et je m'aime tellement, c'est fou.

Certains jours, quand je ne peux pas écrire et que je vis une rupture, et que je doute de mon talent ou whatever je ressens l'abandon comme tragique et universel.

On m'excusera pour l'exposé pseudo-analytique mais l'équation s'aimer moi-même n'est pas simple et j'ai beau prendre des bains bouillants aux huiles aromathérapie et me parfumer et aller chez le coiffeur et manger du chocolat, certains jours je m'aime un peu moins et je trouve ça normal. Faudrait savoir c'est quoi la norme.

Je peux pas toujours être intelligente et drôle et sympathique. Certains jours je jurerais que j'ai raté ma vie. Je choisis de l'écrire comme ça, de le vivre comme ça. Accepter de m'aimer moins, parfois, et ne pas m'effondrer sous la table basse du salon [ça serait un peu dificile, vu que c'est un coffre],

OK. Je sais que dire « je m'aime pas trop » ou « personne m'aime », ça plaît pas nécessairement parce que ça donne une image loser de soi-même. Mais ça va. Je ne me plains pas. J'ai pas trop besoin qu'on m'admire. J'ai envie de survivre et de continuer même si je déconne à l'os. Je sais bien que ceux qui aiment ce journal m'aiment bien, sinon ils ne le liraient pas. Et je suis folle d'amour pour eux, les lecteurs, quand ils m'écrivent pour me dire qu'ils m'aiment [ou pas]. Mais je dois apprendre à me rassurer toute seule. Impératif. Logique. Parce que je couche pas avec le lecteur. Et toute histoire d'amour et de désir, est une histoire de lit. De sexe.

[...]

Pas facile, s'aimer soi-même. Physiquement, ça va. Mais s'aimer vraiment ? Est-ce qu'on peut ne pas s'aimer, par exemple ne pas être capable de se dire je t'aime au miroir, et se laisser aimer par l'amant ? Ou penser qu'on ne s'aime pas parce qu'on est pas encore devenue celle qu'on voudrait être, mais celle qu'on est vraiment ? Il faudrait s'aimer à en mourir. Je sais, je me contredis. Je sais.

Savoir qu'on ne s'aime pas et ne pas se laisser aimer c'est trop dur. Parce que pas recevoir d'amour du tout, c'est trop dur. C'est une équation impossible.

Steph [celle qui écrit avec des couleurs] me disait aussi que quand nous créons nous nous jugeons trop sévèrement : putting forward to the world blindly the things which come within us and that which is most honest to us. Je ne veux pas oubliler ses mots. C'est pourquoi je les recopie. En écrivant, nous exposons constamment au monde ce qui est au centre, à l'intérieur. Est-ce parce que nous ne pouvons pas vivre autrement ? Mais comment faire autrement devant un monde qui manque la plupart du temps d'un minimum de compassion ?

Écrire, créer, c'est passionnant. C'est jouer avec les limites de l'espace intérieur et extérieur. C'est peut-être la raison pour laquelle nous avons autant besoin d'amour. Plus que les autres ? Je ne sais pas. Je sais que nous avons besoin de nous sentir acceptés tels que nous sommes because our existence is often lonely and we exist in a kind of flux between what is deemed « real » and what are « dreams », and what flows through our minds and fingers which is neither real nor dream [Steph].