85. la page

Love and writing project [la page]

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Love and Writing, c'est une page sur l'amour et l'écriture écrite samedi soir avant de tomber endormie. Une page de la dernière heure. Je l'avais promise pour hier et puis pour ce matin, et puis j'ai entendu la porte : toc toc toc.

À propos de cette page 82, « de quoi tu as peur ?», Steph m'écrit : on writing, being oneself and being loved. Elle dit que dans chaque véritable écrivain il y a un espace vide et qu'il cherche à le remplir. Elle dit que c'est pour ça qu'on écrit et que les écrivains vivent pour écrire.

Elle me rappelle que j'ai déjà dit ça moi aussi. Oui, je vis pour écrire. Oui, l'écriture est au centre de ma vie. On a dit que je suis un écrivain parce que je crée et je pense que tous ceux qui écrivent sérieusement et sincèrement le sont aussi [sans prétention]. Mais je sais bien que je ne suis pas un écrivain au sens social du terme parce que je n'ai jamais publié de livre. De toute façon, la place de l'écrivain dans la société, c'est quoi ? Ils sont pratiquement tous obligés d'exercer un autre métier pour mettre du beurre sur les épinards, à part les auteurs de best-sellers... Un prof qui écrit des livres, c'est un prof ou un écrivain ? Aucune idée. Mais je m'en fous un peu de toutes ces questions d'appellation et de statut social. Je vis en marge de tout cela. Alors ce n'est pas une vraie question qui me touche. Sauf que ça revient toujours sur le tapis.

Une vraie question, c'est réfléchir à cet espace vide. Je crois que c'est à partir de là, dans cet espace dont parle Steph, que les mots se forment. Je vois ça un peu comme une caverne, c'est un lieu à l'intérieur où l'écriture se produit. Ça ne fonctionne pas à la manière d'un contenant dans lequel on mettrait des trucs, mais comme une maison qu'on habite avec des mots que l'on forme parce qu'on les a « vus » ou « rencontrés » ailleurs, à l'extérieur, et avec des mots que l'on puise [pour écrire de la fiction] dans une sorte de grand réservoir intérieur encore plus profond (l'imaginaire ou l'inconscient collectif, la mythologie et les rêves) dans lequel toute l'humanité peut puiser à loisir.

Cet espace vide, c'est un abri créateur où les mots se dessinent comme des petits animaux sur les parois des grottes préhistoriques, comme des graffitis et des tags sur les murs des édifices dans les grandes villes.

Et pour arriver à tracer les signes que sont les mots, j'ai besoin de lumière. Et de ne pas tourner le dos à l'espace, ne pas regarder dehors pendant que je peins, parce que sinon je ne vois que le soleil et je suis éblouie et derrière moi, les murs deviennent tout noirs et je ne vois plus mes mots.

Et cette lumière qui éclaire les murs de l'espace intérieur, pour moi, c'est l'amour. J'en ai besoin comme d'une flamme douce. Pas d'une grosse flambée qui tue. Non. Pas d'un gros soleil brûlant. Non. Mais une flamme qui réchauffe et éclaire assez et partout et longtemps. Oui. Une flamme qui nourrit, réconfortante et simple. Oui. Une flamme que j'entretiens moi-même pour qu'elle puisse continuer de brûler. Et je la nourris de mon sang. De mes mots.

[...]

Déjà 13h et des poussières et j'ai pas encore fini de transcrire et corriger cette page de samedi soir. Donc, la page 84 s'étire et s'allonge, elle devient le Love and Writing project, et je continuerai demain, avec des mots et des réflexions inspirés par une discussion avec l'autre Steph. Yes !

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