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New York à fleur de peau. Un arbre devant une vieille église, un arbre avec des grosses fleurs roses aux pétales très lourds, si lourds qu'ils font ployer les branches ; je dis c'est un gardénia à fleurs roses. Je veux que ce soit ça, pour l'amour du nom, parce que cette image-là, c'est déjà un titre, je dis « Le Gardénia rose de Grace church ». Pas moyen. Ça peut pas être un gardenia. Un prunier alors ? Je sais pas. Je ne connais pas le nom de cet arbre magnifique. Mistral qui commence à écrire son journal sur le web, on aura tout vu ! « The church : Grace is a besutiful landmark, with fabulous stained glass windows and lovely landscaping. It was at one time a wealthy society congregtion. Now it serves the Grenweech Village area. On Broadway, near 10th Street. The chruch is in the midst of Greenwich Village, and just a couple of blocks from the famous Strand Book Store. Be sure to browse there. » And there I was. Après avoir admiré les vitraux et le faux gardénia rose. Lire Duras à voix haute en traversant les Adirondack, sous une avalanche de soleil de samedi saint. Duras : La vie matérielle, La pute de la côte normande, Écrire, Yann Andrea Steiner. Lire et relire jusqu'à saturation complète et absolue. Et pour renouer avec la crucifixion. L'autofiction. Le voilà qui apprend par coeur et bientôt il va déclamer. Il ânonne, mémorise, psalmodie, il se maudit, dit-il, il est Malborough-s'en-va-t-en-guerre, il ne désespère pas de me déclamer son poème de Pâques d'ici à la Trinité. Sublime. Et voilà qu'il écrit un journal maintenant et que pour mieux déclamer, il déclame Cendrars par écrit. Je lis, dans les Quotidienneries, Les Pâques à New-York. Je recopie pour le plaisir de taper les lettres sur le clavier qui en a vu passer tant d'autres. « Seigneur, la foule des pauvres pour qui vous fîtes le sacrifice Est ici, parquée, tassée, comme du bétail, dans les hospices. D'immenses bateaux noirs viennent des horizons Et les débarquent pêle-mêle, sur les pontons. Il y a des Italiens, des Grecs, des Espagnols, Des Russes, des Bulgares, des Persans, des Mongols. Ce sont des bêtes de cirque qui sautent les méridiens. On leur jette un morceau de viande noire, comme à des chiens. C'est leur bonheur à eux que cette sale pitance. Seigneur ayez pitié des peuples en souffrance. Seigneur dans les ghettos grouille la tourbe des juifs Ils viennent de pologne et sont tous fugitifs. Je le sais bien, ils t'ont fait ton Procès ; Mais je t'assure ils ne sont pas tout à fait mauvais. Ils sont dans des boutiques sous des lampes de cuivre Vendent des vieux habits, des armes et des livres. Rembrandt aimait beaucoup les peindre dans leurs défroques. Moi, j'ai, ce soir, marchandé un microscope. Hélas ! Seigneur, Vous ne serez plus là, après Pâques ! Seigneur, ayez pitié des Juifs dans les baraques. La rue est dans la nuit comme une déchirure, Pleine d'or et de sang, de feu et d'épluchures. je descends les mauvaises marches d'un café Et me voici, assis, devant un verre de thé. je suis chez des Chinois, qui comme avec le dos Sourient, se penchent et sont polis comme des magots. La boutique est petite, badigeonnée de rouge Et de curieux chromos sont encadrés dans du bambou. Ho-Kousaï a peint les cent aspects d'une montagne. Que serait votre Face peinte par un Chinois ? »

Je suis rentrée de New York hier soir. Fatiguée brulée. Trop. C'est trop. J'aurais jamais dû aller jusqu'à Ground Zero. Qu'est-ce qui m'a pris d'aller là ? Je crois que je m'en remettrai jamais. Jamais.

J'avais jamais vu la guerre de près. Jamais vu New York à fleur de peau.

Et puis ce midi, je découvre les Interférences de Romain Françoise [archives 2002]. Ainsi l'autofiction se fragmente, forme de multiples petites bulles de sens. J'écris à Max. À Romain. À Mistral. À Erika. À Théo. Et puis je mettrai peut-être mes chaussettes jaunes pour dîner avec Karl s'il ne s'est pas trop tué entre temps.