J'avais ri et ce n'était plus seulement l'enfant triste aux coups de porte-plume, qui allait, dans cette nuit, le long des murs : j'avais ri de la même façon quand j'étais petit et que j'étais certain qu'un jour, moi, parce qu'une insolence heureuse me portait, je devrais tout renverser, de toute nécessité tout renverser. [Georges Bataille, Le bleu du ciel]

Elle m'a dit que Théo, ça veut dire dieu, en grec. C'est un beau nom, Théo. Je suis contente de l'avoir donné à l'homme du roman, l'ami d'Érika von Strohem. Il me reste à lui trouver un nom de famille. Je pense que je suis amoureuse de lui. Le problème c'est qu'il n'est qu'un homme de papier, juste un personnage et que donc, il n'existe pas.

Je me demande si les écrivains, les vrais, ceux qui ont déja écrit des tas de livres, tombent amoureux de leurs personnages.

Mais alors, si j'aime Théo, puis-je dire que je suis une théophile, comme on dit je suis une cinéphile ? Et si Théo s'appelait Théophile, serais-je amoureuse en double, par exemple, devenir une théophile de Théophile ?

Je connais un homme qui pourrait être Théo. Sauf qu'il s'appelle Georges. J'ai pris le café ce matin avec lui. Je l'ai senti un peu nerveux.

Il part pour la Grêce dans deux semaines et m'a demandé de l'accompagner là-bas, sur son île. C'est fou. Il dit qu'il m'aime bien, d'amitié. Mais je crois qu'il est amoureux de moi, « en quelque sorte ». Il est obligé de se tenir les mains pour ne pas me toucher et ça me donne envie de rire. Je ne sais pas pourquoi.

Tout est une question de hasard. Ou de désir. S'il s'appelait Théo, je laisserais tout tomber et je partirais avec lui. Ainsi, le Théo du roman deviendrait mon amant.

Et qu'est-ce qui se passerait avec Erika ?