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La genèse de l'art serait un certain désir de perfection, de voir à la perfection, dans un cerveau rempli d'énergies sexuelles. Plein.

Est-ce l'effet de la neige qui tombe si abondante un jour de printemps ? La blanche beauté, un troublant désir, s'installe en moi progressivement avec la tranfiguration des futilités et des petits et grands hasards du quotidien; avec la rencontre de quelques êtres sublimes; et avec les doux relents d'un chagrin d'amour encore récent mais qui ne fait plus « très » mal. Le désir de vivre, intact, se nourrit du désir à l'oeuvre dans l'acte d'écrire. Ce désir est indissociable du désir d'amour.

La neige. Le soleil. La beauté et la perfection du monde stimulent l'état amoureux qui fait voir en retour la perfection de la beauté, son côté caché.

Toute la beauté des choses éveille par contiguity la félicité aphrodisiaque.

     Le besoin d'art et de beauté est un besoin indirect d'extases sexuelles qu'il transmet au cerveau. Le monde devenu parfait, par l'amour [Nietzsche]

[...]

Et au détour d'un sentier de Central Park, je me retrouvai subitement presque en état d'arrestation devant Monsieur Laloi, dans une ville qui n'existe pas, toujours avec mon jeu de Tarot dans les mains.

[Oups !]

« Je peux prendre n'importe laquelle? » - Si, mais je viens de vous l'expliquer, allez, tirez-en une ! « Je peux prendre n'importe laquelle? » insistait Monsieur Laloi pour la troisième fois. - Quoi ?

Il s'apprêtait même à faire une remarque désobligeante sur mon appareil auditif lorsque je décidai de laisser tomber un oui bien plus franc que sa question. Alors il tira une carte.

Des crissements de perplexité et d'anxiété se dégagèrent du paquet lors de sa dislocation mais je le rassurai bien vite. « Douze de Coupe », annonça Monsieur Laloi.

- Douze de Coupe ?

Pas de chance. J'attendais le Soleil. S'il tirait le Douze de Coupe, mon maître et moi ne pouvions plus rien faire, j'étais cuite. Alors j'ai sorti mes papiers. C'était bien la première fois que la magie des Tarots me laissait tomber.

C'est alors que Monsieur Laloi se mit à rire : « C'est bien la première fois qu'on me présente des papiers en règle ! » gloussait-il. Et puis il partit dans une lente exploration minutieuse des moindres parcelles de mes papiers qui, je me pose encore la question à l'heure actuelle, décidèrent de me revenir en mémoire au bout de plusieurs minutes de vaines diversions ce qui tendrait à prouver que j'ai du temps à perdre dans cette rue ou que le destin vient de se rendre compte qu'il faut ABSOLUMENT que je ne quitte par la rue avant d'avoir mangé dans le FABULEUX restaurant près de la fontaine, au bout là-bas, les Sushis y sont sublimes.

Je mis près de dix minutes à déterminer la date à laquelle j'avais pu manger dans ce restaurant et ce fut avec un « Ah ah !? » mêlé d'un plaisir non dissimulé que Monsieur Laloi m'interrompit au moment où j'étais arrivée à réduire la fourchette à 22 Novembre 1581 - 12 Mars 1583.

- Quoi ?

- Là, il manque un timbre.

Je lui lançai mon regard le plus noir et lui répondis ceci :

- Mon cher Monsieur Laloi, depuis quand avons-nous besoin d'un timbre pour déambuler paisiblement sur la rue des flâneurs? Vérifiez je vous prie, c'est écrit en noir sur blanc à l'Article 567 bis, petit a) du Code Laloi. Ah, ah! Vous ne me croyez pas? Allez-y, faites votre recherche, j'ai tout mon temps. Après tout, le vortex temporel de 7 jours commence à l'instant...

Il sortit son Encyclopédie de Laloi bien décidé à en découdre. Il sortit aussi une chaise pliante et se carra dans son fauteuil en allumant un cigare. Je fus saisie d'un doute... Il comptait rester là longtemps?

Je sais pas, me répondit-il sans en avoir conscience, deux ou trois jours au mieux. Je décidai d'employer la ruse pour parvenir à mes fins et commentai bravement qu'il avait tout à fait raison et qu'il fallait en avoir le coeur net et que si cela ne tenait qu'a moi je chercherais bien dans le deuxième tome de l'encyclopédie mais que je n'avais pas de chaise pliante.

- Ah ? C'est très aimable à vous ! Pas de chaise ? Attendez vous n'avez qu'à... euhh... prendre la mienne !

- (mince) Et pour le cigare ?

- Ah ! je crois qu'il y a un bureau de tabac au coin de la rue là-bas.

[ouf !]

- ok. Ne bougez surtout pas, je reviens dans cinq minutes.

Aussitôt dit, aussitôt fait, je tournai les talons. Mais dès que j'eus tourné le coin de la rue, je fus écrabouillée par un gros camion citerne. Sploush. Ce fut ma deuxième mort. Quel plaisir !