62. comme un long ruban violet

Depuis des mois et des mois, j'écrivais fiévreusement, jour après jour. Mais comme je n'avais pas reçu les lettres pleines de riz promises par Théo, mon délire romanesque s'amplifiait en raison du fait que j'avais l'estomac presque toujours vide.

Théo avait eu une idée dans sa dernière lettre : il avait exigé que je lui téléphone. Téléphoner ? Rien que ça !

Sauf que moi, je tenais à mon existence tranquille dans ma thébaïde. Il n'avait pas idée de ce qu'il me demandait là, le beau Théo. Cauchemar et carabistouille !

Avec le téléphone, c'était comme si Théo avait voulu forcer la porte de mon intimité. C'était comme de voir surgir soudain le corps de cet homme dont je ne connaissais rien.

Il entrerait par la fenêtre en utilisant la petite échelle des lutins, il ferait à peine trois pas sur la moquette (zut, il verra les taches d'encre turquoise) et puis il s'installerait dans le fauteuil.

Puis Théo allait ouvrir la bouche, il allait parler. Elle entendrait ses vrais mots. À cette idée, son coeur se serra tellement fort qu'elle en fut troublée. Elle rougit. Un petit shueiiit se fit entendre derrière elle.

[...]

Je me suis retournée et je vis que ma chambre était vide. Mes yeux firent le tour de la Blue Nigrum Forest (oui, c'est son vrai nom et non, c'est pas un autre pseudonyme de diariste online).

Et puis le téléphone sonna : c'était la standardiste qui avait enfin réussi à obtenir la communication sur Paris.

[...]

C'était Théo.

[...]

Mais qu'est-ce que je délire encore ce matin ? Voilà que les lutins ont encore fait plein de noeuds dans mes cheveux. J'ai des preuves !

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