51. comme des rubans roses qui volent au vent

fleur rose_Marie

Depuis plusieurs jours je n'écris pas. Je ne sais pas combien de jours, je ne compte plus les jours. J'ai plus envie d'écrire. Des gens m'écrivent pour me demander ce qui se passe. Je ne sais pas quoi leur dire. Je ne réponds pas aux emails. J'ignore ce qui se passe. Je crois que je n'ai plus de mots.

Je m'asseois et je reste des heures à ne rien faire. La fièvre est partie et j'ai encore mal à la tête. De temps en temps je pleure, pas beaucoup. Pas très longtemps.

Aucune pensée ne reste assez longtemps, aucune pensée ne s'impose et n'a assez de poids pour que je m'y attache. Les pensées m'effleurent comme des rubans roses qui volent au vent. On dirait qu'elles sont passées de l'intérieur à l'extérieur. Je suis indifférente à ce qui m'entoure, à ce que je vis. Sans réactions. Ainsi, je ne souffre pas. Je ne souffre plus. Rien ne peut plus m'atteindre, ni me faire de mal.

C'est la même chose avec les images. Je n'ai plus d'images. J'ai trouvé des fleurs d'abricotier japonais. Ce rose est tendre. Pourquoi ? L. m'a envoyé de magnifiques photos de son abricotier déjà en fleurs et de ses jonquilles et du mimosa géant.

C'est pareil pour les odeurs. Je n'ai plus d'odeur. Je ne sens rien. Je mets mon parfum tous les matins par habitude et il ne sent rien. L. m'écrit : « Le mimosa c'est celui de notre voisin, derrière, il est énorme, je te laisse imaginer les parfums dans le quartier, ça prend la tête tellement c'est fort. » Je ne sens rien.

Ici, il n'y a pas encore de fleurs. Ça sent rien. Nulle part. Il y a un bouquet de fleurs coupées sur la table de la salle à manger, posé sur la nappe blanche. Les iris et les frésias sont fanés. Les anémones sont encore jolies, elles commencent à pencher la tête.

Et je n'ai plus de mots. Chaque soir, chaque nuit, je sors sur la terrasse et je regarde la nuit. La nuit je prends le thé en compagnie des étoiles. Lundi, je suis retournée au travail. J'y vais tous les jours. Je n'aime pas ce travail. Je ne veux pas travailler. Je veux écrire. Quand je fais ce travail, je n'ai plus de mots.

L'après-midi, quand je reviens du bureau, je me couche et je fais une sieste. Pas longtemps. Je ne ferme pas les rideaux. Je n'ouvre pas la fenêtre. Sur mon lit, il y a du soleil. Je place mon visage dans le soleil. À travers la vitre, le soleil chauffe ma peau. La chaleur m'étonne, elle est étrangère.

Haut de page