45. il y avait la mer

Mardi, 24 fév[rier 19]31

Tu m'as appelé vers toi, Beauté, d'une voix lointaine et qui m'attirait. Je suis venu, j'ai couru, à ta recherche, plein de ta voix qui me donnait la force. Mais la route est longue et ardue et ta voix s'est tue soudain et je ne vois plus rien, c'est la nuit ! Je me demande si j'ai pris le mauvais chemin. Mais je vais toujours quand même j'ai tout perdu, jusqu'au désir de toi, j'ai tout perdu, jusqu'à l'amour de toi, et jusqu'au coeur qui m'aurait dit où tu es. Pourquoi te taire ? Pourquoi ne plus me parler. Je vais et je passerai près de toi sans te voir, car je vais dans la nuit et le gouffre s'ouvrira sous mes pas, et j'y tomberai.

(Extrait du Journal de Saint-Denys Garneau)

Je ne peux pas continuer, écrire dans ce journal. Ce n'est plus possible. Mon coeur est cassé. Comment écrire avec un coeur cassé ? Je ne peux pas. 

Tant que j'étais là-bas avec mes amis, choyée, entourée, ça allait, je pouvais encore laisser écrire Script. Il y avait la mer. Et L.

Mais toute seule ici, cela n'a plus de sens. Plus aucun sens. J'ai besoin d'une pause. Quelques jours. Quelques heures.

Je n'abandonne pas. Je ne sais plus comment continuer.

Aujourd'hui, je ne sais rien.

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