Laurent de La Hyre : Figures allégoriques : la Grammaire et l'Arithmétique

Une des choses que j'aime chez Paul Auster, mis à part le fait qu'il soit brillant et qu'il écrive magnifiquement, c'est son amour des coïncidences qui font rimer les événements les plus étranges, les plus improbables. Il écrit, à la fin du huitième récit de son livre Le Carnet rouge : « ...le monde dans lequel je vis continuera toujours à m'échapper. »

Je ressens souvent cela devant les hasards ou les coïncidences de la vie, surtout ceux entre lesquels nous établissons un lien évident. Une preuve récente ? Une femme m'écrit :

« je me suis sentie très souvent en synchronicité avec toi, avec l'amour et les amoureux, of course, avec les fleurs, avec le Japon. [...] Le jour où tu parlais de l'amour, par hasard je tombe sur un extrait du livre de Boris Cyrulnik Sous le signe du lien, voici un passage, p. 166 [...] :

Les amoureux se couchent pour mourir. Ainsi se terminent les histoires d'amour. Pourquoi faut-il que l'amour naisse et ne sache vivre qu'à l'état naissant ? Pourquoi faut-il que l'amour, à peine devenu objet de science se transforme en objet triste ? J'ai eu bien du mal à découvrir l'histoire du mot. Celle de la personne amoureuse a été facile à trouver, écrite par les romanciers, les poètes, les psychanalystes. L'histoire idéologique de l'amour a beaucoup stimulé les gens de l'église, les historiens et les sociologues. Quant au mot amour, il n'est pas français ! il n'obéit pas aux lois phonétiques du français. Issu du latin, amor (oris), il devrait logiquement donner « Ameur », comme dolor a donné « douleur ». Éclate alors le scandale, car le mot « Ameur » existe dans quelques dialectes du français où il prend le sens de rut des animaux. C'est l'institution religieuse occitane qui a transgressé les lois de la phonétique pour introduire le langoureux « our » de l'Amour et ajouter ainsi l'érotique au rut, car l'histoire du mot pose le problème du « désir » animal et de l'art érotique.

Boris Cyrulnik : Sous le signe du lien

« ...et un jour je lis un livre japonais, un petit livre que tu lis en deux ou trois heures, délicieux, et je consulte ton journal et juste tu parles du Japon... plein d'histoires comme cela. »

Quand je reçois ce genre de témoignage, ça coïncide la plupart du temps avec quelque chose que je suis en train de vivre. Il se produit alors une sorte d'écho. Je fais allusion à mon rêve d'hier, le rêve du livre perdu et retrouvé. Parce que dans ce livre, Paul Auster aborde justement la question des hasards étranges dont il a été témoin.

S'il y a des coïncidences entre la vie de la personne qui lit mon journal et ce que j'y écris, y a-t-il des coïncidences entre sa vie et la mienne ? Je ne sais pas. Mais je suis frappée de constater que le mot « lien » figure dans le titre de ce livre. Hasard ?

Cet extrait qu'elle m'a envoyé, c'est une vraie perle. C'est rassurant qu'un homme ait cherché l'histoire du mot amour, ça me rassure et ça me fait du bien de savoir ça.

Une autre coïncidence, qui rime cette fois avec l'histoire du mot « amour » contenue dans le texte de Cyrulnik, c'est qu'une autre personne m'a demandé aujourd'hui, par e-mail, d'écrire ce qui vient sous le mot amour dans mon vieux Dictionnaire des idées suggérées par les mots. Non, c'est pas Jack !

Chose promise, chose due, je recopie, je m'exécute :

AMOUR :

passion
inclination
flamme
feu
sentiment tendre
flirt
penchant
galanterie
marivaudage
faveurs
privauté
tendresse
peinde de coeur
transport
enivrement
idolâtrie
caprice
amourette
passade
jalousie
constance
fidélité
froideur
froid
infidélité
conquête
caresse

amant
amante
amoureux
bon ami
soupirant
objet
idole
godelureau
galant
don Juan
sigisbée
conquérant
galantin
muguet
séducteur
bourreau des coeurs
coqueluche
adonis
céladon

ardent
brûlant
tendre
féru
fou
aveugle
éperdu
transi
platonique
sentimental

Je ne recopierai pas les verbes et les adverbes, ça devient répétitif à la longue...

Avec tout ça, il est tard et je n'ai pas encore parlé du projet Voui, voui. Demain ?